--- title: "L'ornithorynque : un miracle de la nature ou un canular bien orchestré?" url: https://www.dicoanimaux.com/lornithorynque-un-miracle-de-la-nature-ou-un-canular-bien-orchestre.html author: "Dico Animaux" date_published: 2024-05-31T02:01:24+02:00 date_modified: 2026-09-14T13:52:18+02:00 categories: ["Chat"] image: https://www.dicoanimaux.com/wp-content/uploads/2024/05/Lornithorynque-un-miracle-de-la-nature-ou-un-canular-bien-orchestre-1.webp description: "L'ornithorynque est bien réel, mais l'accusation de canular n'est pas une légende : en 1799, les naturalistes britanniques ont cherché les points de couture sur la..." site: "Dico Animaux" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # L'ornithorynque : un miracle de la nature ou un canular bien orchestré? L'ornithorynque est bien réel, mais l'accusation de canular n'est pas une légende : en 1799, les naturalistes britanniques ont cherché les points de couture sur la première peau reçue de Nouvelle-Galles du Sud. Ils avaient de bonnes raisons de douter. ## Une peau, des ciseaux et un soupçon de fraude ![Ornithorynque nageant en surface, bec plat et pattes palmées visibles](https://www.dicoanimaux.com/wp-content/uploads/2024/05/Lornithorynque-un-miracle-de-la-nature-ou-un-canular-bien-orchestre.webp) À la fin du XVIIIe siècle, les cabinets de curiosités européens regorgent de faux : sirènes fabriquées à partir d'un torse de singe et d'une queue de poisson, dragons montés de toutes pièces. Quand la peau arrive à Londres, le naturaliste George Shaw la décrit en 1799 sous le nom de Platypus anatinus tout en écrivant qu'il ne peut s'empêcher de soupçonner une supercherie. Le récit veut qu'il ait passé des ciseaux autour du bec pour y chercher des fils. Le spécimen, lui, était authentique. La question de fond a mis bien plus longtemps à se régler. Les Aborigènes d'Australie savaient depuis toujours que l'animal pondait ; il a fallu attendre 1884 et le télégramme de l'Écossais William Hay Caldwell depuis le Queensland, resté célèbre pour sa concision, pour que la science européenne accepte qu'un mammifère puisse pondre des œufs. **Un monotrème, pas un intermédiaire** L'ornithorynque appartient aux monotrèmes, groupe qui ne compte plus que cinq espèces vivantes : lui, et quatre échidnés. Ce ne sont pas des mammifères inachevés mais une lignée séparée depuis plus de 160 millions d'années, qui a gardé la ponte tout en développant l'allaitement. ## Ce que le bec fait vraiment Le bec n'a rien de la corne dure d'un canard : c'est une structure **souple et sensible**, recouverte d'une peau caoutchouteuse, truffée de dizaines de milliers de récepteurs. Les uns détectent la pression, les autres les champs électriques minuscules produits par la contraction musculaire des larves d'insectes et des crevettes d'eau douce. L'intérêt de ce dispositif tient à une observation simple : en plongée, l'ornithorynque **ferme les yeux, les oreilles et les narines**. Il chasse donc dans le noir complet, au fond d'une rivière boueuse, en balayant le substrat de son bec. Il stocke ses prises dans des bajoues et ne les mâche qu'une fois remonté en surface, faute de vraies dents chez l'adulte. **Quarante mille capteurs dans un bec mou** Le bec de l'ornithorynque porte des dizaines de milliers de récepteurs, dont des milliers d'électrorécepteurs capables de percevoir les champs électriques produits par la contraction musculaire d'une crevette d'eau douce. Aucun autre mammifère, hors monotrèmes et dauphin de Guyane, n'exploite ce sens à ce degré. ## L'éperon venimeux, une affaire de mâles Seul le mâle porte un éperon corné à la cheville de chaque patte arrière, relié à une glande crurale. Le venin devient abondant pendant la saison de reproduction, ce qui oriente vers un usage dans les rivalités entre mâles plutôt que vers la chasse ou la défense. **Une douleur qui ne se calme pas facilement** La piqûre d'éperon n'a jamais tué d'être humain, mais les cas documentés décrivent une douleur intense, un gonflement du membre et une sensibilité qui peut persister des semaines. Les antalgiques usuels y répondent mal. Un ornithorynque ne se ramasse pas à main nue, même blessé. ## Les bizarreries qui tiennent debout La liste des singularités anatomiques est longue, et chacune s'explique. - Pas d'estomac : l'œsophage débouche directement sur l'intestin, particularité partagée avec certains poissons et liée à un régime d'invertébrés. - Pas de mamelles : le lait suinte par des pores cutanés sur le ventre de la femelle, et les petits le lapent à même le poil. - Dix chromosomes sexuels au lieu de deux, organisés en chaîne lors de la méiose. - Une fourrure qui réémet de la lumière bleu vert sous éclairage ultraviolet, observation publiée en 2020 dont la fonction reste inconnue. ## Où il vit, et dans quel état L'espèce occupe les cours d'eau de l'est de l'Australie, du Queensland à la Tasmanie. L'animal creuse des terriers dans les berges et passe la majeure partie de la journée à l'abri. Il pèse entre 0,7 et 2,4 kg selon les populations, les individus de Tasmanie étant les plus lourds. L'Union internationale pour la conservation de la nature le classe **quasi menacé** depuis 2016. Sécheresses, barrages, envasement des rivières et casiers à écrevisses dans lesquels les animaux se noient pèsent sur les effectifs. Le canular, s'il y en a un dans cette histoire, c'est de croire que la bête est à l'abri parce qu'elle est célèbre.