--- title: "Les conséquences de la disparition des abeilles sur la planète" url: https://www.dicoanimaux.com/les-consequences-de-la-disparition-des-abeilles-sur-la-planete.html author: "Dico Animaux" date_published: 2024-05-25T14:31:56+02:00 date_modified: 2026-09-14T13:51:56+02:00 categories: ["Actus"] image: https://www.dicoanimaux.com/wp-content/uploads/2024/05/Les-consequences-de-la-disparition-des-abeilles-sur-la-planete-1.webp description: "Poser une ruche sur son toit ne sauve pas les abeilles. L'abeille domestique se porte plutôt bien à l'échelle mondiale, avec plus de 90 millions de colonies..." site: "Dico Animaux" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Les conséquences de la disparition des abeilles sur la planète Poser une ruche sur son toit ne sauve pas les abeilles. L'abeille domestique se porte plutôt bien à l'échelle mondiale, avec plus de 90 millions de colonies recensées par la FAO. Ce sont les abeilles sauvages qui s'effondrent, et les conséquences se jouent là. ## Ce que la pollinisation apporte réellement à nos assiettes ![Abeille butinant une fleur jaune, pattes chargées de pollen](https://www.dicoanimaux.com/wp-content/uploads/2024/05/Les-consequences-de-la-disparition-des-abeilles-sur-la-planete.webp) Le rapport de l'IPBES publié en 2016 donne les deux chiffres utiles. Environ **75 % des espèces cultivées pour l'alimentation humaine dépendent au moins en partie des pollinisateurs animaux**, mais ces cultures ne représentent que **35 % du volume produit**. La différence tient au blé, au riz et au maïs, pollinisés par le vent, qui fournissent l'essentiel des calories. Personne ne mourra donc de faim si les abeilles disparaissent. On perdra les pommes, les amandes, les courges, les cerises, le colza, le café, le cacao. Le régime deviendrait plus pauvre en vitamines A et C et en folates, et la facture arriverait par la santé publique, pas par la famine. **Les deux chiffres à retenir** 75 % des espèces cultivées bénéficient des pollinisateurs, 35 % du volume alimentaire mondial en dépend, le reste vient de céréales pollinisées par le vent. L'IPBES chiffre ce service entre 235 et 577 milliards de dollars par an. ## Le syndrome d'effondrement des colonies, et ce qu'il cache Pendant l'hiver 2006-2007, des apiculteurs américains ont retrouvé des ruches vides : plus d'ouvrières, la reine et le couvain abandonnés sur place, les réserves de miel intactes. Le phénomène a reçu un nom, le syndrome d'effondrement des colonies, et il reste mal expliqué vingt ans plus tard. Les enquêtes annuelles de la Bee Informed Partnership relèvent depuis des pertes de colonies de l'ordre de 40 % par an aux États-Unis. Le mot pertes prête à confusion. Un apiculteur qui perd la moitié de ses ruches reconstitue son cheptel par division au printemps suivant, et le nombre de colonies américaines est resté à peu près stable depuis 2007. Ce qui a explosé, c'est le prix de location d'une ruche pour la pollinisation des amandiers californiens, passé de 50 à plus de 200 dollars en vingt ans. ## Varroa, néonicotinoïdes, frelon : les causes se cumulent Pas de coupable unique : les études convergent vers un empilement. L'acarien Varroa destructor, arrivé en France en 1982, affaiblit les abeilles et leur transmet des virus, dont celui des ailes déformées. Sans traitement, une colonie infestée meurt en deux ou trois ans. Les néonicotinoïdes viennent ensuite. Trois d'entre eux, l'imidaclopride, la clothianidine et le thiaméthoxame, sont interdits en plein champ dans l'Union européenne depuis 2018, et la France en a proscrit cinq au 1er septembre 2018. À faible dose, ils ne tuent pas l'abeille sur le coup : ils dérèglent son orientation et elle ne rentre pas. Ajoutez le frelon asiatique, Vespa velutina, repéré dans le Lot-et-Garonne en 2004 et présent aujourd'hui presque partout, qui chasse les butineuses devant l'entrée de la ruche. Puis la monoculture, qui offre trois semaines de floraison massive avant un désert alimentaire jusqu'à la récolte. **La ruche urbaine peut aggraver les choses** Une colonie domestique compte jusqu'à 50 000 individus et butine dans un rayon de 3 km. Là où les ruches se multiplient en ville, elles concurrencent directement les quelque 1 000 espèces d'abeilles sauvages françaises, souvent solitaires et volant sur 200 à 500 m. Installer une ruche, c'est de l'élevage, pas de la protection de la biodiversité. ## Les solutions de remplacement coûtent cher et marchent mal On sait remplacer l'abeille sur une petite surface. Dans la région de Hanyuan, au Sichuan, les poiriers sont pollinisés à la main au pinceau depuis les années 1980, après la disparition des pollinisateurs locaux. C'est jouable parce que la main-d'œuvre y est abondante et les arbres taillés bas. Transposé aux 400 000 hectares d'amandiers californiens, le calcul ne tient pas une seconde. Les bourdons, eux, sont élevés pour les serres de tomates, où ils pratiquent la pollinisation par vibration que l'abeille domestique ne sait pas faire. Même logique pour la luzerne, dont la fleur a un mécanisme à ressort que l'abeille domestique apprend à contourner sans polliniser : c'est l'abeille découpeuse Megachile rotundata qui fait le travail. ## Quatre gestes qui servent vraiment - Ne pas tondre entre avril et juin, au moins sur une bande du jardin. Le pissenlit et le trèfle nourrissent plus d'espèces que la plupart des plantes vendues comme mellifères. - Planter du lierre. Il fleurit en septembre et octobre, au moment où presque plus rien ne produit de nectar, et c'est la ressource qui manque le plus. - Laisser du sol nu et des tiges creuses sur place : environ 70 % des abeilles sauvages nichent dans le sol, et les tiges sèches de ronce ou de sureau valent mieux qu'un hôtel à insectes du commerce. - Renoncer aux insecticides au jardin, y compris ceux autorisés en agriculture biologique comme le spinosad, toxique pour les abeilles au moment de l'application. **Le geste le plus rentable** Tondre moins. Une pelouse laissée en herbe haute de mai à juillet abrite plus d'espèces d'abeilles qu'un massif horticole arrosé et désherbé. Ça demande moins de travail, et l'effet se voit dès la première saison. Dernier point : la phrase qui traîne partout, celle des quatre années de vie qui resteraient à l'humanité après la disparition des abeilles, n'a jamais été prononcée par Einstein et ne repose sur aucune donnée. Le risque réel est plus lent : des fruits et légumes moins nombreux, plus chers, et un appauvrissement des paysages agricoles qui se mesure déjà.