--- title: "Le przewalski le dernier vrai cheval sauvage" url: https://www.dicoanimaux.com/le-przewalski-le-dernier-vrai-cheval-sauvage.html author: "Dico Animaux" date_published: 2023-10-24T12:00:54+02:00 date_modified: 2026-09-14T13:49:32+02:00 categories: ["Animaux sauvages"] tags: ["cheval"] image: https://www.dicoanimaux.com/wp-content/uploads/2023/10/cheval-de-przewalski.webp description: "Le cheval de Przewalski traîne partout la même étiquette: dernier cheval vraiment sauvage de la planète. L'ADN a fragilisé ce titre en 2018, sans rien enlever à une..." site: "Dico Animaux" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Le przewalski le dernier vrai cheval sauvage Le cheval de Przewalski traîne partout la même étiquette: dernier cheval vraiment sauvage de la planète. L'ADN a fragilisé ce titre en 2018, sans rien enlever à une histoire de sauvetage peu banale. Autant le dire tout de suite, puisque c'est la question que pose le titre. Le takh, comme l'appellent les Mongols, a bien vécu libre dans les steppes d'Asie centrale, il a bien disparu de la nature, et il y est bien revenu. Mais l'expression "vrai cheval sauvage" suppose une lignée jamais touchée par l'homme, et c'est précisément ce que la génétique a remis en cause. ## Une redécouverte de 1878, pas une découverte Nikolaï Prjevalski, officier et explorateur russe, rapporte en 1878 d'une expédition en Dzoungarie un crâne et une peau de cheval inconnu des naturalistes européens. Le zoologiste Ivan Poliakov le décrit officiellement en 1881 et lui donne le nom d'Equus przewalskii. Les éleveurs mongols, eux, connaissaient l'animal depuis toujours: il figure dans des textes chinois bien antérieurs. La science occidentale n'a fait que le nommer. Sur un point, l'idée reçue tombe: le Przewalski n'est pas l'ancêtre de nos chevaux de selle. Les deux lignées ont divergé il y a plusieurs dizaines de milliers d'années. Ce sont des cousins, pas une filiation. **Le titre de "dernier cheval sauvage" ne tient plus tout à fait** Une étude parue dans Science en 2018 rattache le Przewalski aux chevaux de la culture Botai, au Kazakhstan, que des humains parquaient et trayaient il y a environ 5 500 ans. S'il descend de ces animaux, il serait un cheval retourné à l'état sauvage, pas un cheval jamais domestiqué. Le débat reste ouvert, mais l'étiquette mérite des guillemets. ## Zéro individu libre en 1969, environ 2 000 aujourd'hui La chasse, la concurrence des troupeaux domestiques pour l'eau et les hivers de disette ont eu raison des dernières hardes. La dernière observation fiable dans la nature date de 1969, dans le désert de Gobi. L'espèce est alors éteinte à l'état sauvage. Tout ce qui vit aujourd'hui descend d'une douzaine de fondateurs capturés au tournant du XXe siècle et élevés dans des parcs européens. Cette base génétique minuscule explique la rigueur des programmes d'élevage: chaque accouplement est calculé sur un registre international pour limiter la consanguinité. La réintroduction commence en 1992 en Mongolie, à Hustai Nuruu et dans la Gobi B. La Chine suit au Xinjiang, la Russie ouvre un site dans l'Oural en 2015. L'UICN a reclassé l'espèce d'éteinte à l'état sauvage à "en danger" en 2011. ## Le détour par la Lozère Le causse Méjean, en Lozère, n'a rien d'un décor mongol de carte postale, et pourtant le calcul était le bon: plateau calcaire, pelouses rases, amplitudes thermiques fortes, très peu de clôtures. L'association Takh y installe un noyau de chevaux au début des années 1990, sur le domaine du Villaret. Le principe: pas de box, pas de rationnement, pas de soins de confort. Les poulains naissent dehors, les hardes se structurent seules, les jeunes mâles sont chassés du groupe comme ils le seraient en steppe. L'objectif n'était pas d'avoir de jolis chevaux dans un pré de Lozère. En 2004 et 2005, une vingtaine d'animaux nés là sont partis vers l'ouest de la Mongolie pour fonder la population de Khomyn Tal. Des chevaux élevés sur un causse français ont donc réensemencé la steppe d'origine. **Ce que la semi-liberté a apporté** Un cheval né en box et nourri au seau ne sait pas gérer un hiver de steppe. Les chevaux du Villaret, eux, ont grandi sans assistance et ont été transférés en harde constituée, pas en individus isolés. C'est ce qui a fait la différence lors des premiers hivers mongols. ## Fiche d'identité - **Taille**: environ 1,30 m au garrot, soit la hauteur d'un poney, avec une charpente nettement plus lourde. - **Poids**: 200 à 300 kg. - **Robe**: isabelle à louvet, ventre et bout du nez clairs, raie de mulet sombre sur l'échine, zébrures discrètes au-dessus des genoux et des jarrets. - **Tête et crinière**: tête forte, crinière courte dressée en brosse qui mue chaque année, sans toupet retombant sur le front. - **Caryotype**: 66 chromosomes, contre 64 chez le cheval domestique. Les croisements entre les deux donnent des hybrides à 65 chromosomes, et ces hybrides sont féconds, ce qui rend la séparation des populations nécessaire sur le terrain. - **Caractère**: vif, résistant au froid, réfractaire au contact humain. On ne monte pas un Przewalski. **Repères de dates** 1878: rapporté d'expédition. 1881: décrit et nommé. 1969: dernière observation sauvage. Années 1990: installation en Lozère et premières réintroductions mongoles. 2004-2005: départ des chevaux du causse Méjean vers Khomyn Tal. 2011: reclassement en "en danger". ## Et les chevaux de Lascaux On lit souvent que les chevaux peints à Lascaux sont des Przewalski. La silhouette trapue, l'encolure épaisse et la crinière droite y ressemblent, c'est vrai. Mais l'analyse de l'ADN ancien a montré que les chevaux d'Europe occidentale du Paléolithique portaient des robes variées, noires, baies, et parfois tachetées. Les artistes de Lascaux ne peignaient donc pas forcément des takhs. Ils peignaient les chevaux qu'ils avaient sous les yeux, et ceux-là n'ont pas de descendance connue. Reste ceci: une espèce passée par zéro individu libre pendant vingt-trois ans court de nouveau en Mongolie. Cela s'est joué sur une douzaine d'animaux de zoo et sur la patience de gens qui ont tenu un registre généalogique pendant un siècle.