--- title: "Le mandrill : un singe spectaculaire aux couleurs vives" url: https://www.dicoanimaux.com/le-mandrill-un-singe-spectaculaire-aux-couleurs-vives.html author: "Dico Animaux" date_published: 2024-05-27T08:33:24+02:00 date_modified: 2026-09-14T13:52:03+02:00 categories: ["Actus"] image: https://www.dicoanimaux.com/wp-content/uploads/2024/05/Le-mandrill-un-singe-spectaculaire-aux-couleurs-vives-1.webp description: "Le museau rouge et bleu du mandrill n'est pas une fantaisie de la nature : c'est une carte d'identité sociale, lisible à dix mètres dans la pénombre d'une forêt..." site: "Dico Animaux" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Le mandrill : un singe spectaculaire aux couleurs vives Le museau rouge et bleu du mandrill n'est pas une fantaisie de la nature : c'est une carte d'identité sociale, lisible à dix mètres dans la pénombre d'une forêt gabonaise, qui indique le rang du mâle et s'éteint quand il le perd. Voilà pourquoi ce primate est coloré comme aucun autre mammifère. ## Ni grand singe, ni babouin : le plus gros singe du monde ![Mandrill mâle de face, museau rouge et arêtes nasales bleues, crinière claire](https://www.dicoanimaux.com/wp-content/uploads/2024/05/Le-mandrill-un-singe-spectaculaire-aux-couleurs-vives.webp) Première mise au point, parce qu'on lit souvent le contraire : **le mandrill n'est pas un grand singe**. Les grands singes sont les chimpanzés, bonobos, gorilles et orangs-outans, tous dépourvus de queue. Le mandrill, lui, est un cercopithécidé, un singe de l'Ancien Monde, avec une petite queue dressée de 5 à 10 centimètres. Il a longtemps été classé dans le genre *Papio*, celui des babouins, avant d'être rangé avec le drill dans le genre *Mandrillus*. Cela dit, il détient un record : c'est **le singe le plus lourd de la planète**. Un mâle adulte pèse couramment entre 20 et 30 kg, parfois davantage, avec des canines de 4 à 5 centimètres qu'il exhibe dans un bâillement d'intimidation. La femelle plafonne autour de 11 à 13 kg. Un écart de un à trois entre les sexes, ce qui est énorme chez les primates. **La fiche d'identité** Mâle : 20 à 30 kg, canines de 4 à 5 cm, visage coloré. Femelle : 11 à 13 kg, coloration terne. Queue : 5 à 10 cm. Espérance de vie : une vingtaine d'années en forêt, jusqu'à 40 ans en parc zoologique. Statut UICN : vulnérable, population en baisse. ## La couleur comme bulletin de notes Le rouge du nez et le bleu des bourrelets latéraux viennent de deux mécanismes différents. Le rouge est vasculaire : ce sont des capillaires dilatés sous une peau fine, dont l'afflux sanguin dépend directement du taux de testostérone. Le bleu est structurel, produit par la diffusion de la lumière dans le collagène du derme, et il bouge beaucoup moins. Les travaux menés au Gabon sur la colonie semi-libre du CIRMF, à Franceville, ont montré que la vivacité du rouge suit le rang de l'animal presque en temps réel. Un mâle qui prend la tête d'un groupe voit ses couleurs s'intensifier en quelques semaines. Un mâle destitué pâlit dans les mêmes délais, ses testicules diminuent, et son fanion rouge s'éteint. La couleur ne prédit donc pas seulement le rang : elle le suit. Les femelles regardent ce signal, et cela se vérifie sur le terrain : les mâles les plus rouges obtiennent nettement plus d'accouplements. Le croupion, également coloré de bleu et de rose, joue le même rôle vu de dos, ce qui compte dans un sous-bois où on se suit à la file. **Ce que dit un museau rouge** Plus le rouge est franc, plus le mâle est haut placé et plus son taux de testostérone est élevé. Le signal se met à jour en quelques semaines après un changement de hiérarchie. La crinière blanchâtre et la masse musculaire des épaules complètent le message. ## Des hordes qui comptent parmi les plus grands groupes de primates C'est l'autre singularité de l'espèce. Les mandrills vivent en hordes composées de femelles apparentées et de leurs jeunes, auxquelles s'agrègent des mâles. On lit souvent le chiffre de 600 à 800 individus comme s'il s'agissait de la norme : c'est plutôt le haut du panier. Les comptages menés dans le parc national de la Lopé, au Gabon, ont donné des hordes de plusieurs centaines d'animaux, et un rassemblement exceptionnel estimé autour de 1 300 têtes, filmé à découvert lors d'une traversée de route. Aucun autre primate non humain ne forme d'agrégation aussi nombreuse. Les gros mâles adultes, eux, passent une bonne partie de l'année seuls ou en marge, et rejoignent la horde pendant la saison de reproduction, entre juin et octobre selon les sites. Cette vie de solitaire explique qu'on en croise parfois un au détour d'une piste, ce qui laisse une impression très différente du passage d'un groupe entier. ## Un omnivore qui fouille le sol Le mandrill mange surtout des fruits, des graines et des fibres végétales, complétés de champignons et de feuilles. Il y ajoute ce qui passe : fourmis, termites, scorpions, escargots, petits vertébrés comme des grenouilles ou des musaraignes, et à l'occasion des œufs ou des oisillons prélevés dans un nid. Des cas de prédation sur de jeunes antilopes ont été rapportés, mais ils restent marginaux. Il passe le plus clair de sa journée au sol, à retourner la litière de feuilles et l'écorce morte. Ses **abajoues**, deux poches situées dans les joues, contiennent presque autant que son estomac : il y stocke ce qu'il ramasse quand la concurrence est proche, quitte à mastiquer plus tard, à l'écart. Il dort en revanche dans les arbres, ce qui le met hors de portée du léopard, son principal prédateur avec l'aigle couronné pour les jeunes. **Où le voir et comment le reconnaître** Aire de répartition : forêts équatoriales du Gabon, du sud du Cameroun, de Guinée équatoriale et du Congo, au sud du fleuve Sanaga. Au nord de ce fleuve vit son cousin le drill, plus sombre de face et bien plus menacé. Le mandrill reste un animal forestier : il ne s'installe pas en savane, il la traverse. ## Un langage sonore et gestuel bien fourni Les éthologues ont décrit chez le mandrill une série de vocalisations distinctes : grognements de contact qui maintiennent la cohésion quand la horde se disperse sous le couvert, cris d'alarme, aboiements bruyants des mâles. S'y ajoute tout un répertoire de mimiques. Le bâillement qui découvre les canines est une menace, pas une marque de fatigue. Le claquement de dents et le retroussement des lèvres, à l'inverse, apaisent une tension. ## Une espèce vulnérable, et pour des raisons simples Le mandrill est classé **vulnérable** sur la liste rouge de l'UICN, avec une population en déclin. Deux causes dominent. La chasse pour la viande de brousse d'abord, facilitée par les routes forestières qui ouvrent des massifs jusque-là inaccessibles ; un mâle de 25 kg représente beaucoup de viande, et sa taille en fait une cible de choix. L'exploitation du bois et la conversion des forêts ensuite, qui fragmentent une aire de répartition déjà restreinte à quatre pays. Le parc national de la Lopé et celui de Moukalaba-Doudou, tous deux au Gabon, abritent les populations les mieux suivies. C'est là que se concentrent les programmes de comptage et de suivi par GPS qui ont permis d'établir ce qu'on sait aujourd'hui de la taille réelle des hordes.