--- title: "Comment reconnaître et traiter la fourchette pourrie chez les chevaux" url: https://www.dicoanimaux.com/comment-reconnaitre-et-traiter-le-fourchette-pourrie-chez-les-chevaux.html author: "Dico Animaux" date_published: 2024-11-10T20:31:28+01:00 date_modified: 2026-09-14T18:39:23+02:00 categories: ["Actus"] tags: ["cheval"] image: https://www.dicoanimaux.com/wp-content/uploads/2024/11/cheval-2-scaled.webp description: "La pourriture de la fourchette se soigne dans le box avant de se soigner dans le pied. Tant que le cheval passe vingt heures par jour sur une litière humide chargée..." site: "Dico Animaux" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # Comment reconnaître et traiter la fourchette pourrie chez les chevaux La pourriture de la fourchette se soigne dans le box avant de se soigner dans le pied. Tant que le cheval passe vingt heures par jour sur une litière humide chargée d'urine, aucun flacon ne tiendra le résultat plus de quinze jours. C'est une maladie de conditions de vie, et c'est par là qu'il faut la prendre. **Reconnaître en dix secondes** Curez, approchez le cure pied du sillon central de la fourchette. Une odeur putride nette, une matière noire et pâteuse qui s'écrase, un sillon qui se creuse au lieu de rester une simple fente : ce sont les trois signes qui suffisent. Une fourchette saine est ferme, sèche au toucher et sent le foin, pas le fumier. ## Une infection anaérobie, donc une infection d'humidité La fourchette occupe le tiers arrière de la sole, en forme de V pointé vers la pince. Elle amortit l'appui, elle participe au retour veineux à chaque foulée et elle donne de l'adhérence. Sa corne est plus souple que celle de la paroi, ce qui la rend efficace et vulnérable en même temps. Les germes en cause, au premier rang desquels **Fusobacterium necrophorum**, sont des anaérobies : ils prolifèrent là où l'air n'entre pas. Un sillon médian profond, bouché par de la boue et du crottin tassé, leur donne exactement ce milieu. L'ammoniac de l'urine ramollit la corne au passage et ouvre la porte. Voilà pourquoi la maladie explose en novembre et se calme au premier été sec. ## Ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas sur la contagion On lit souvent qu'un cheval atteint contamine ses voisins. C'est une lecture fausse de ce qu'on observe. Les germes responsables sont présents partout dans l'environnement d'une écurie, dans le sol et les déjections ; quand plusieurs chevaux d'une même installation déclarent la pourriture en même temps, ce n'est pas qu'ils se la transmettent, c'est qu'ils partagent la même litière trop humide et le même paddock détrempé. Isoler l'animal ne sert à rien. Revoir le curage du bâtiment, si. Le cure pied, lui, mérite un rinçage entre deux chevaux : c'est du bon sens d'hygiène, pas une mesure de quarantaine. **Les produits qui font plus de mal que de bien** Javel pure, formol, créosote, sulfate de cuivre en solution forte : ces classiques d'écurie tuent les germes et brûlent aussi la corne saine et les tissus vivants sous la fourchette. Ils durcissent la surface, emprisonnent l'infection en dessous et retardent la repousse. Demandez un antiseptique adapté au pied du cheval à votre vétérinaire plutôt que de piocher dans l'armoire de la sellerie. ## Les degrés de gravité, du bénin à l'urgent Le premier stade ne fait pas boiter. Odeur, matière noire, sillon un peu profond : on le traite en huit à dix jours avec un curage sérieux et une litière refaite. Le deuxième stade touche le tissu et saigne un peu quand on cure ; le cheval réagit à la pression de la pince à sonder. Le troisième stade atteint les tissus sensibles, avec boiterie franche, chaleur du pied et parfois gonflement du boulet : là, on ne bricole pas, on appelle. Attention à ne pas confondre avec le **crapaud**, une affection proliférative où la corne se transforme en une masse blanchâtre en chou fleur qui saigne facilement. Le crapaud ne se traite pas comme une pourriture banale ; il demande une prise en charge vétérinaire lourde et souvent longue. Un abcès de pied, lui, donne une boiterie brutale sans odeur particulière et un pouls digité marqué. ## Le traitement, dans l'ordre La partie mécanique compte plus que la partie chimique. Un maréchal ferrant pare les lambeaux décollés et ouvre le sillon pour que l'air atteigne le fond : c'est ce geste qui fait basculer l'infection, parce qu'un anaérobie privé de son couvercle s'éteint. Ensuite seulement vient l'antiseptique, appliqué sur une corne propre et sèche, une fois par jour, en insistant dans la fente centrale avec une seringue sans aiguille ou une compresse. Comptez dix à quinze jours pour une forme superficielle, plusieurs semaines pour une fourchette très creusée, et sachez que la corne repousse d'environ 6 à 10 mm par mois : la forme normale du pied met des mois à revenir, même quand l'infection est éteinte depuis longtemps. Ne jugez pas sur l'aspect, jugez sur l'odeur et sur la sensibilité. **Le rythme qui évite la rechute** Curage des quatre pieds tous les jours, sans exception, matin ou soir. Box décrotté quotidiennement et refait à fond une fois par semaine. Passage du maréchal toutes les 5 à 7 semaines. Trois gestes, et la pourriture de la fourchette redevient un incident rare au lieu d'un abonnement d'hiver. ## Agir sur le sol, pas seulement sur le pied Un point d'abreuvement qui fuit crée un bourbier permanent à cinq mètres autour ; c'est souvent là que se joue le dossier. Même chose pour l'entrée de la stabulation, piétinée par tout le troupeau. Empierrer ces zones de passage, drainer, ou simplement déplacer le râtelier toutes les deux semaines change davantage la situation qu'un onguent. En box, une litière épaisse et sèche vaut mieux qu'une litière mince qu'on ratisse. La paille, les copeaux et le lin fonctionnent tous, à condition de retirer le crottin chaque jour et de ne pas se contenter de recouvrir. Et si le cheval peut sortir, sortez le : quelques heures sur un sol ferme et sec assèchent la fourchette mieux que n'importe quel produit. ## Quand appeler le vétérinaire Une boiterie qui s'installe, un pied chaud avec un pouls digité fort, un écoulement de sang au curage, une plaie qui remonte vers le talon, un cheval abattu ou fiévreux : ces situations ne relèvent pas d'un soin d'écurie. Elles peuvent cacher un abcès profond, un crapaud, ou une atteinte des structures internes du pied, et le pronostic dépend directement du délai de prise en charge. Ne repoussez pas l'appel au lendemain, et n'administrez aucun anti inflammatoire de votre propre initiative : cela masque la douleur et fausse l'examen.