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    "title": "Sa majesté le lion : Pourquoi nous devons tous célébrer la journée mondiale du Lion",
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    "content_markdown": "Le 10 août, la Journée mondiale du lion rappelle un chiffre que peu de gens ont en tête : il reste environ 20 000 lions à l'état sauvage, contre plus de 200 000 au début du XXe siècle. Le roi de la savane a perdu la moitié de son territoire africain en vingt-cinq ans.\n\nLa date tombe deux jours après la Journée internationale du chat, et le rapprochement n'est pas anodin : la même famille, deux destins opposés. Le chat domestique compte des centaines de millions d'individus sur la planète. Le lion tient dans une ville moyenne. Si vous cherchez le lien entre les deux, il est [du côté de la journée du 8 août consacrée aux chats](https://www.dicoanimaux.com/la-journee-internationale-du-chat-ce-que-votre-felin-ne-vous-dit-pas-sur-le-8-aout.html).\n\n  **Les chiffres à retenir**\n\nEnviron 20 000 lions sauvages en Afrique, une chute de plus de 40 % en vingt ans selon l'UICN. L'espèce a disparu de 26 pays africains. Le lion d'Afrique est classé vulnérable, le lion d'Asie en danger sur la liste rouge. Toute la population asiatique tient dans un seul massif forestier de l'ouest de l'Inde.\n\n## Une journée née d'un couple de cinéastes, pas d'une institution\n\nLa Journée mondiale du lion existe depuis 2013. Elle a été lancée par Dereck et Beverly Joubert, deux cinéastes animaliers botswanais qui filment les grands félins depuis les années 1980. Quatre ans plus tôt, en 2009, ils avaient créé la Big Cats Initiative avec la National Geographic Society, un fonds qui finance des projets de terrain dans une trentaine de pays.\n\nCe détail compte. Cette journée n'a pas été décrétée par une agence onusienne, elle est venue de gens qui passaient leurs nuits dans un véhicule au Botswana à compter des lions. Le programme qu'ils ont monté finance des choses très concrètes : des enclos à bétail renforcés pour les éleveurs massaï, des colliers GPS, des équipes de suivi. C'est moins spectaculaire qu'une campagne de sensibilisation, et nettement plus utile.\n\n### Deux lions, pas un\n\nQuand on dit lion, on pense Kenya, Tanzanie, Serengeti. Il existe pourtant une seconde population, en Inde, dans la forêt de Gir au Gujarat. Elle a frôlé l'extinction : au début du XXe siècle, il en restait peut-être une vingtaine, tous protégés par le nabab de Junagadh qui avait interdit la chasse sur ses terres.\n\n![Lion mâle à crinière sombre couché dans les hautes herbes de la savane](https://www.dicoanimaux.com/wp-content/uploads/2023/08/lion-rose-scaled.webp)\n\nUn mot sur les noms scientifiques, parce que beaucoup d'articles se trompent encore. La séparation classique entre Panthera leo leo pour l'Afrique et Panthera leo persica pour l'Inde a été abandonnée. Depuis la révision de 2017 du groupe de spécialistes des félins de l'UICN, on reconnaît deux sous-espèces : Panthera leo leo, qui regroupe les lions d'Afrique de l'Ouest, d'Afrique centrale et d'Asie, et Panthera leo melanochaita pour ceux d'Afrique de l'Est et australe. Autrement dit, le lion de Gir est génétiquement plus proche du lion du Sénégal que du lion du Serengeti.\n\n## Ce que pèse et ce que fait un lion\n\n### Lion d'Afrique\n\n- Poids : 150 à 225 kg pour les mâles, 110 à 180 kg pour les femelles.\n- Longueur du corps sans la queue : 1,7 à 2,5 m. Hauteur au garrot : environ 1,10 m.\n- Pointe de vitesse : autour de 50 à 60 km/h, sur 100 à 200 mètres au maximum. Le chiffre de 80 km/h qui circule partout est celui du guépard revu à la baisse, il ne correspond à aucune mesure faite sur un lion.\n- Gestation : environ 110 jours, soit trois mois et demi, pour une portée de deux à quatre petits.\n- Longévité : 10 à 14 ans dans la nature pour une femelle, souvent moins pour un mâle qui perd sa troupe. Jusqu'à 20 ans en captivité.\n- Population : environ 20 000 individus, en baisse continue.\n\n### Lion d'Asie\n\n- Poids : 160 à 190 kg pour les mâles, 110 à 120 kg pour les femelles.\n- Longueur du corps : 1,7 à 2,3 m. Silhouette un peu plus légère que l'africain, avec un pli de peau sur le ventre qu'on ne voit presque jamais en Afrique.\n- Crinière : nettement plus courte, au point que les oreilles restent visibles. C'est le moyen le plus simple de reconnaître un lion de Gir sur une photo.\n- Population : le recensement officiel de 2020 en comptait 674, celui de 2025 environ 890. La courbe remonte, mais tous ces animaux vivent dans la même zone, ce qui les rend vulnérables à une seule épidémie.\n\n  **Une population sur un seul site**\n\nEn 2018, un virus de la maladie de Carré a tué plus d'une vingtaine de lions à Gir en quelques semaines. C'est exactement le scénario que redoutent les biologistes : une population concentrée sur environ 30 000 km2 peut être décimée par un seul agent pathogène. La création d'un second foyer indien est discutée depuis les années 1990 et n'a toujours pas abouti.\n\n## Qui chasse, qui mange, qui décide\n\nLa répartition du travail dans une troupe est plus rude que ne le laissent croire les documentaires. Les femelles assurent la plupart des chasses, souvent à plusieurs, en encerclant un troupeau de gnous ou de zèbres. Le taux de réussite tourne autour de 25 à 30 % en chasse collective, ce qui veut dire qu'une lionne rate trois tentatives sur quatre. Un lion adulte a besoin de 5 à 7 kg de viande par jour en moyenne, mais il mange rarement chaque jour : il avale 30 kg d'un coup puis jeûne deux ou trois jours.\n\nLe mâle, lui, mange le premier. Il ne chasse pas beaucoup, sauf quand la proie est grosse au point d'exiger sa masse, un buffle par exemple. Son travail consiste à tenir un territoire contre les autres mâles, et ce travail a une durée de vie courte : une coalition garde une troupe deux à quatre ans en moyenne avant d'être chassée. Quand de nouveaux mâles s'installent, ils tuent les lionceaux de moins d'un an, ce qui ramène les femelles en chaleur en quelques jours. C'est brutal, c'est documenté depuis les travaux de Brian Bertram dans le Serengeti dans les années 1970, et c'est ce qui rend la mortalité des jeunes si élevée : à peine un lionceau sur deux atteint l'âge de deux ans.\n\nCe cycle explique aussi pourquoi le prélèvement d'un seul mâle à crinière sombre par un chasseur de trophées ne coûte pas un lion mais souvent quatre ou cinq, en comptant les petits tués par son remplaçant.\n\n## Pourquoi les lions reculent\n\nLe braconnage est la cause qu'on cite en premier, et ce n'est pas la principale. La perte d'habitat vient devant : entre 1993 et 2014, l'aire de répartition du lion s'est réduite de façon massive sous la pression agricole et démographique. Un lion a besoin de proies, les proies ont besoin d'espace, et l'espace part en cultures.\n\nVient ensuite le conflit avec les éleveurs. Un lion qui tue trois vaches ruine une famille, et la réponse est souvent une carcasse empoisonnée au pesticide agricole. Ces empoisonnements tuent d'un coup toute une troupe, plus les vautours qui viennent ensuite. C'est le levier sur lequel les programmes de terrain agissent le mieux, parce qu'un enclos renforcé coûte quelques centaines d'euros et sauve à la fois le bétail et les lions.\n\nLe commerce d'os de félins pour la pharmacopée traditionnelle asiatique s'est reporté sur le lion à mesure que le tigre se raréfiait. Aucune de ces préparations n'a d'effet démontré. Quant à la chasse aux trophées, elle reste légale dans plusieurs pays et son bilan est disputé même chez les défenseurs de la conservation : mal encadrée, elle retire les mâles à crinière sombre, ceux qui tiennent les troupes, et déclenche des infanticides quand un nouveau mâle prend la place.\n\n  **La menace la moins visible**\n\nLe poison agricole tue plus de lions que le fusil. Une carcasse traitée à l'insecticide élimine une troupe entière en une nuit, sans bruit et sans trace, et fait des victimes en cascade chez les hyènes et les vautours. Renforcer les enclos à bétail reste l'action la moins coûteuse et la plus efficace du terrain.\n\n## Sept choses vraies sur le lion, et une qui ne l'est pas\n\n1. Le rugissement porte à 8 kilomètres et sert de carte d'identité sonore. Les chercheurs s'en servent pour recenser des individus sans les voir.\n2. Tous les mâles n'ont pas de crinière. Dans la région de Tsavo, au Kenya, beaucoup de mâles adultes n'en portent pas ou presque pas, probablement à cause de la chaleur et de la végétation épineuse.\n3. Le lion est le seul félin réellement social. Une troupe compte en moyenne trois à six femelles apparentées, leurs petits, et une coalition d'un à quatre mâles. Ailleurs, en Namibie notamment, les groupes sont bien plus lâches.\n4. Les lionnes de la côte des Squelettes, en Namibie, chassent des otaries et des cormorans sur la plage. Ce comportement, documenté par le biologiste Philip Stander, est le seul cas connu de lions vivant en partie du littoral.\n5. Les lions blancs ne sont pas albinos. Leur robe pâle vient d'une mutation récessive du gène du pelage, sans effet sur les yeux ni sur la vision. On les trouve à l'état sauvage dans la région de Timbavati, en Afrique du Sud.\n6. Les lions mangent de l'herbe à l'occasion, comme le font les chats domestiques, sans doute pour faciliter le transit et évacuer des parasites.\n7. Le lion ne vit pas dans la jungle. L'expression roi de la jungle est une traduction bancale de l'anglais, et l'animal occupe des savanes ouvertes et des forêts sèches.\n\nReste l'histoire des lions d'Éthiopie perchés à plus de 4 000 mètres dans les monts Simien. On la lit partout, elle ne tient pas. Les lions éthiopiens à crinière noire sont réels, une population d'une centaine d'individus a été confirmée en 2016 dans la région d'Alatash, à la frontière soudanaise, mais en plaine sèche, pas en haute montagne. Le Simien abrite un autre carnivore rare, le loup d'Abyssinie, et c'est probablement de là que vient la confusion.\n\n  **Agir le 10 août, concrètement**\n\nTrois gestes qui pèsent plus qu'un partage : soutenir un programme de terrain qui finance des enclos à bétail plutôt qu'une campagne d'affichage, refuser tout souvenir en os ou en griffe de félin en voyage, et vérifier qu'un parc animalier participe à un programme européen d'élevage avant d'y emmener les enfants. Le reste relève surtout de la bonne conscience.\n\n## Une trajectoire, pas une fatalité\n\nOn lit souvent qu'il ne resterait plus que 10 000 lions en 2035 et aucun en 2050. C'est une projection obtenue en prolongeant la courbe actuelle, pas une prévision : elle suppose que rien ne change, ce qui n'est déjà pas le cas. Les populations d'Afrique australe, au Botswana, en Namibie, en Afrique du Sud et au Zimbabwe, sont stables ou en hausse depuis une quinzaine d'années dans les zones bien gérées. Ce sont l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale qui s'effondrent, avec moins de 500 lions restants pour toute l'Afrique de l'Ouest.\n\nLa différence entre les deux situations n'est pas mystérieuse : là où il y a des gardes payés, des clôtures entretenues et des communautés qui touchent une part des revenus du tourisme, les lions tiennent. Ailleurs, ils disparaissent. Le 10 août sert surtout à rappeler que tout cela se joue sur des budgets et des décisions politiques.",
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L'espèce a disparu de 26 pays africains. Le lion d'Afrique est classé vulnérable, le lion d'Asie en danger sur la liste rouge. Toute la population asiatique tient dans un seul massif forestier de l'ouest de l'Inde.</p>\n</aside>\n\n<h2>Une journée née d'un couple de cinéastes, pas d'une institution</h2>\n\n<p>La Journée mondiale du lion existe depuis 2013. Elle a été lancée par Dereck et Beverly Joubert, deux cinéastes animaliers botswanais qui filment les grands félins depuis les années 1980. Quatre ans plus tôt, en 2009, ils avaient créé la Big Cats Initiative avec la National Geographic Society, un fonds qui finance des projets de terrain dans une trentaine de pays.</p>\n\n<p>Ce détail compte. Cette journée n'a pas été décrétée par une agence onusienne, elle est venue de gens qui passaient leurs nuits dans un véhicule au Botswana à compter des lions. Le programme qu'ils ont monté finance des choses très concrètes : des enclos à bétail renforcés pour les éleveurs massaï, des colliers GPS, des équipes de suivi. C'est moins spectaculaire qu'une campagne de sensibilisation, et nettement plus utile.</p>\n\n<h3>Deux lions, pas un</h3>\n\n<p>Quand on dit lion, on pense Kenya, Tanzanie, Serengeti. Il existe pourtant une seconde population, en Inde, dans la forêt de Gir au Gujarat. Elle a frôlé l'extinction : au début du XXe siècle, il en restait peut-être une vingtaine, tous protégés par le nabab de Junagadh qui avait interdit la chasse sur ses terres.</p>\n\n<p><img src=\"/wp-content/uploads/2023/08/lion-rose-scaled.webp\" alt=\"Lion mâle à crinière sombre couché dans les hautes herbes de la savane\" width=\"1200\" height=\"514\"></p>\n\n<p>Un mot sur les noms scientifiques, parce que beaucoup d'articles se trompent encore. La séparation classique entre Panthera leo leo pour l'Afrique et Panthera leo persica pour l'Inde a été abandonnée. Depuis la révision de 2017 du groupe de spécialistes des félins de l'UICN, on reconnaît deux sous-espèces : Panthera leo leo, qui regroupe les lions d'Afrique de l'Ouest, d'Afrique centrale et d'Asie, et Panthera leo melanochaita pour ceux d'Afrique de l'Est et australe. Autrement dit, le lion de Gir est génétiquement plus proche du lion du Sénégal que du lion du Serengeti.</p>\n\n<h2>Ce que pèse et ce que fait un lion</h2>\n\n<h3>Lion d'Afrique</h3>\n\n<ul>\n<li>Poids : 150 à 225 kg pour les mâles, 110 à 180 kg pour les femelles.</li>\n<li>Longueur du corps sans la queue : 1,7 à 2,5 m. Hauteur au garrot : environ 1,10 m.</li>\n<li>Pointe de vitesse : autour de 50 à 60 km/h, sur 100 à 200 mètres au maximum. Le chiffre de 80 km/h qui circule partout est celui du guépard revu à la baisse, il ne correspond à aucune mesure faite sur un lion.</li>\n<li>Gestation : environ 110 jours, soit trois mois et demi, pour une portée de deux à quatre petits.</li>\n<li>Longévité : 10 à 14 ans dans la nature pour une femelle, souvent moins pour un mâle qui perd sa troupe. Jusqu'à 20 ans en captivité.</li>\n<li>Population : environ 20 000 individus, en baisse continue.</li>\n</ul>\n\n<h3>Lion d'Asie</h3>\n\n<ul>\n<li>Poids : 160 à 190 kg pour les mâles, 110 à 120 kg pour les femelles.</li>\n<li>Longueur du corps : 1,7 à 2,3 m. Silhouette un peu plus légère que l'africain, avec un pli de peau sur le ventre qu'on ne voit presque jamais en Afrique.</li>\n<li>Crinière : nettement plus courte, au point que les oreilles restent visibles. C'est le moyen le plus simple de reconnaître un lion de Gir sur une photo.</li>\n<li>Population : le recensement officiel de 2020 en comptait 674, celui de 2025 environ 890. La courbe remonte, mais tous ces animaux vivent dans la même zone, ce qui les rend vulnérables à une seule épidémie.</li>\n</ul>\n\n<aside class=\"bluf bluf-violet\">\n<strong>Une population sur un seul site</strong>\n<p>En 2018, un virus de la maladie de Carré a tué plus d'une vingtaine de lions à Gir en quelques semaines. C'est exactement le scénario que redoutent les biologistes : une population concentrée sur environ 30 000 km2 peut être décimée par un seul agent pathogène. La création d'un second foyer indien est discutée depuis les années 1990 et n'a toujours pas abouti.</p>\n</aside>\n\n<h2>Qui chasse, qui mange, qui décide</h2>\n\n<p>La répartition du travail dans une troupe est plus rude que ne le laissent croire les documentaires. Les femelles assurent la plupart des chasses, souvent à plusieurs, en encerclant un troupeau de gnous ou de zèbres. Le taux de réussite tourne autour de 25 à 30 % en chasse collective, ce qui veut dire qu'une lionne rate trois tentatives sur quatre. Un lion adulte a besoin de 5 à 7 kg de viande par jour en moyenne, mais il mange rarement chaque jour : il avale 30 kg d'un coup puis jeûne deux ou trois jours.</p>\n\n<p>Le mâle, lui, mange le premier. Il ne chasse pas beaucoup, sauf quand la proie est grosse au point d'exiger sa masse, un buffle par exemple. Son travail consiste à tenir un territoire contre les autres mâles, et ce travail a une durée de vie courte : une coalition garde une troupe deux à quatre ans en moyenne avant d'être chassée. Quand de nouveaux mâles s'installent, ils tuent les lionceaux de moins d'un an, ce qui ramène les femelles en chaleur en quelques jours. C'est brutal, c'est documenté depuis les travaux de Brian Bertram dans le Serengeti dans les années 1970, et c'est ce qui rend la mortalité des jeunes si élevée : à peine un lionceau sur deux atteint l'âge de deux ans.</p>\n\n<p>Ce cycle explique aussi pourquoi le prélèvement d'un seul mâle à crinière sombre par un chasseur de trophées ne coûte pas un lion mais souvent quatre ou cinq, en comptant les petits tués par son remplaçant.</p>\n\n<h2>Pourquoi les lions reculent</h2>\n\n<p>Le braconnage est la cause qu'on cite en premier, et ce n'est pas la principale. La perte d'habitat vient devant : entre 1993 et 2014, l'aire de répartition du lion s'est réduite de façon massive sous la pression agricole et démographique. Un lion a besoin de proies, les proies ont besoin d'espace, et l'espace part en cultures.</p>\n\n<p>Vient ensuite le conflit avec les éleveurs. Un lion qui tue trois vaches ruine une famille, et la réponse est souvent une carcasse empoisonnée au pesticide agricole. Ces empoisonnements tuent d'un coup toute une troupe, plus les vautours qui viennent ensuite. C'est le levier sur lequel les programmes de terrain agissent le mieux, parce qu'un enclos renforcé coûte quelques centaines d'euros et sauve à la fois le bétail et les lions.</p>\n\n<p>Le commerce d'os de félins pour la pharmacopée traditionnelle asiatique s'est reporté sur le lion à mesure que le tigre se raréfiait. Aucune de ces préparations n'a d'effet démontré. Quant à la chasse aux trophées, elle reste légale dans plusieurs pays et son bilan est disputé même chez les défenseurs de la conservation : mal encadrée, elle retire les mâles à crinière sombre, ceux qui tiennent les troupes, et déclenche des infanticides quand un nouveau mâle prend la place.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-rouge\">\n<strong>La menace la moins visible</strong>\n<p>Le poison agricole tue plus de lions que le fusil. Une carcasse traitée à l'insecticide élimine une troupe entière en une nuit, sans bruit et sans trace, et fait des victimes en cascade chez les hyènes et les vautours. Renforcer les enclos à bétail reste l'action la moins coûteuse et la plus efficace du terrain.</p>\n</aside>\n\n<h2>Sept choses vraies sur le lion, et une qui ne l'est pas</h2>\n\n<ol>\n<li>Le rugissement porte à 8 kilomètres et sert de carte d'identité sonore. Les chercheurs s'en servent pour recenser des individus sans les voir.</li>\n<li>Tous les mâles n'ont pas de crinière. Dans la région de Tsavo, au Kenya, beaucoup de mâles adultes n'en portent pas ou presque pas, probablement à cause de la chaleur et de la végétation épineuse.</li>\n<li>Le lion est le seul félin réellement social. Une troupe compte en moyenne trois à six femelles apparentées, leurs petits, et une coalition d'un à quatre mâles. Ailleurs, en Namibie notamment, les groupes sont bien plus lâches.</li>\n<li>Les lionnes de la côte des Squelettes, en Namibie, chassent des otaries et des cormorans sur la plage. Ce comportement, documenté par le biologiste Philip Stander, est le seul cas connu de lions vivant en partie du littoral.</li>\n<li>Les lions blancs ne sont pas albinos. Leur robe pâle vient d'une mutation récessive du gène du pelage, sans effet sur les yeux ni sur la vision. On les trouve à l'état sauvage dans la région de Timbavati, en Afrique du Sud.</li>\n<li>Les lions mangent de l'herbe à l'occasion, comme le font les chats domestiques, sans doute pour faciliter le transit et évacuer des parasites.</li>\n<li>Le lion ne vit pas dans la jungle. L'expression roi de la jungle est une traduction bancale de l'anglais, et l'animal occupe des savanes ouvertes et des forêts sèches.</li>\n</ol>\n\n<p>Reste l'histoire des lions d'Éthiopie perchés à plus de 4 000 mètres dans les monts Simien. On la lit partout, elle ne tient pas. Les lions éthiopiens à crinière noire sont réels, une population d'une centaine d'individus a été confirmée en 2016 dans la région d'Alatash, à la frontière soudanaise, mais en plaine sèche, pas en haute montagne. Le Simien abrite un autre carnivore rare, le loup d'Abyssinie, et c'est probablement de là que vient la confusion.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-bleu\">\n<strong>Agir le 10 août, concrètement</strong>\n<p>Trois gestes qui pèsent plus qu'un partage : soutenir un programme de terrain qui finance des enclos à bétail plutôt qu'une campagne d'affichage, refuser tout souvenir en os ou en griffe de félin en voyage, et vérifier qu'un parc animalier participe à un programme européen d'élevage avant d'y emmener les enfants. Le reste relève surtout de la bonne conscience.</p>\n</aside>\n\n<h2>Une trajectoire, pas une fatalité</h2>\n\n<p>On lit souvent qu'il ne resterait plus que 10 000 lions en 2035 et aucun en 2050. C'est une projection obtenue en prolongeant la courbe actuelle, pas une prévision : elle suppose que rien ne change, ce qui n'est déjà pas le cas. Les populations d'Afrique australe, au Botswana, en Namibie, en Afrique du Sud et au Zimbabwe, sont stables ou en hausse depuis une quinzaine d'années dans les zones bien gérées. Ce sont l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale qui s'effondrent, avec moins de 500 lions restants pour toute l'Afrique de l'Ouest.</p>\n\n<p>La différence entre les deux situations n'est pas mystérieuse : là où il y a des gardes payés, des clôtures entretenues et des communautés qui touchent une part des revenus du tourisme, les lions tiennent. Ailleurs, ils disparaissent. Le 10 août sert surtout à rappeler que tout cela se joue sur des budgets et des décisions politiques.</p>",
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