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Un moteur pareil consomme sans arrêt, et c'est bien là le problème quand il n'y a plus rien à manger dessous.</p>\n\n<p>La réponse tient dans une phase d'engraissement qui dure une à deux semaines à la fin de l'été. L'oiseau visite les fleurs du matin au soir, capture des moucherons, et passe de trois grammes à cinq ou six. Il a presque doublé sa masse. Cette graisse est son unique réserve pour le vol au-dessus du golfe : il arrive sur la côte du Yucatan ou du Honduras dans l'état où il était parti, c'est-à-dire maigre.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-orange\">\n<strong>Le chiffre à retenir</strong>\n<p>De 3 grammes à 6 grammes en deux semaines, puis 800 à 900 kilomètres d'un trait au-dessus de l'eau, en dix-huit à vingt-deux heures de vol continu. Aucune escale possible en chemin.</p>\n</aside>\n\n<h2>Le nectar est le carburant, les insectes sont la matière première</h2>\n\n<p>On présente souvent le colibri comme un buveur de fleurs. C'est la moitié du tableau. Le nectar apporte du sucre, donc de l'énergie immédiate, mais <strong>pas une trace de protéine</strong>. Tout l'azote dont l'oiseau a besoin pour ses muscles, ses plumes et ses œufs vient des petits insectes et des araignées qu'il attrape au vol ou prélève dans les toiles. Une femelle en période de nidification passe une bonne partie de sa journée à chasser, pas à butiner.</p>\n\n<p>Ce régime mixte explique le calendrier. Les fleurs à nectar et les moucherons disparaissent ensemble quand les nuits fraîchissent dans le nord-est de l'Amérique. Ce n'est pas le thermomètre qui chasse l'oiseau : un colibri à gorge rubis encaisse très bien une nuit à zéro degré, en entrant en torpeur, un état où sa température corporelle chute et son métabolisme tombe à une fraction de sa valeur diurne. Ce qui le pousse au sud, c'est la disparition de sa nourriture.</p>\n\n<h2>Chacun pour soi</h2>\n\n<figure>\n<img width=\"1344\" height=\"768\" src=\"/wp-content/uploads/2024/05/Le-colibri-a-gorge-rubis-un-expert-du-voyage-malgre-sa-petite-taille-1.webp\" alt=\"Colibri à gorge rubis posé sur une fine branche, gorge rouge visible\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\">\n</figure>\n\n<p>Pas de formation en V, pas de groupe, pas de guide expérimenté. Le colibri à gorge rubis migre seul, y compris pour son premier voyage, sans avoir jamais suivi un adulte. Les mâles quittent les sites de reproduction les premiers, dès la mi-juillet dans les États du Sud, les femelles et les jeunes de l'année suivent, avec un gros du passage entre la fin août et la mi-septembre.</p>\n\n<p>La fidélité au site est réelle et elle surprend les jardiniers : beaucoup voient revenir un oiseau à quelques jours près, année après année, sur le même massif. Certains suivent la côte du Texas plutôt que de couper au-dessus du golfe, et les marins signalent régulièrement des colibris qui se posent quelques minutes sur une plateforme pétrolière ou un bateau.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-violet\">\n<strong>Le calendrier en clair</strong>\n<p>Départ des mâles à partir de mi-juillet, pic de passage fin août et début septembre, hivernage du sud du Mexique au Panama. Remontée dès février, avec une arrivée au Québec en mai.</p>\n</aside>\n\n<h2>L'abreuvoir de jardin ne retient personne</h2>\n\n<p>Une croyance tenace veut qu'il faille retirer les mangeoires à nectar début septembre, sous peine d'empêcher les colibris de partir. <strong>C'est faux</strong>, et ça circule depuis des décennies. Le déclenchement de la migration dépend de la longueur du jour et de l'état hormonal de l'oiseau, pas du garde-manger. Laisser un abreuvoir en place deux semaines de plus rend au contraire service aux retardataires et aux jeunes qui doivent encore engraisser.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-vert\">\n<strong>Ce qui marche dans un abreuvoir</strong>\n<p>Quatre volumes d'eau pour un de sucre blanc, rien d'autre. Pas de colorant rouge, pas de miel, qui fermente et favorise les mycoses. Changement du liquide tous les deux jours par temps chaud, et rinçage complet du réservoir à chaque fois.</p>\n</aside>\n\n<p>Un dernier point, souvent source de déception : <strong>il n'y a pas de colibri en Europe</strong>. L'espèce niche de la Floride au sud du Canada, et l'oiseau que vous croyez avoir vu dans un jardin français devant une lavande est presque toujours un sphinx colibri, un papillon de nuit diurne qui imite fort bien le vol stationnaire.</p>",
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