{
    "id": 48234,
    "type": "post",
    "title": "La liste controversée des animaux nuisibles reconduite : quels enjeux pour la biodiversité ?",
    "slug": "la-liste-controversee-des-animaux-nuisibles-reconduite-quels-enjeux-pour-la-biodiversite",
    "url": "https://www.dicoanimaux.com/la-liste-controversee-des-animaux-nuisibles-reconduite-quels-enjeux-pour-la-biodiversite.html",
    "description": "Le mot nuisible a disparu du droit français en 2016, remplacé par une périphrase administrative. Le fusil, lui, n'a pas bougé : l'arrêté du 3 août 2023 a reconduit...",
    "chapo": null,
    "date_published": "2023-08-05T20:28:56+02:00",
    "date_modified": "2026-09-10T23:49:46+02:00",
    "language": "fr-FR",
    "translations": null,
    "categories": [
        {
            "name": "Animaux sauvages",
            "url": "https://www.dicoanimaux.com/sujet/animaux-sauvages/"
        }
    ],
    "tags": [],
    "word_count": 1661,
    "reading_time_min": 8,
    "image": "https://www.dicoanimaux.com/wp-content/uploads/2023/08/un-renard.webp",
    "image_alt": "La liste controversée des animaux nuisibles reconduite : quels enjeux pour la biodiversité ?",
    "author": {
        "name": "Dico Animaux",
        "url": "https://www.dicoanimaux.com/author/dico-animaux/",
        "bio": null,
        "avatar": "https://www.dicoanimaux.com/themes/animaux/avatar-chat.png"
    },
    "content_markdown": "Le mot nuisible a disparu du droit français en 2016, remplacé par une périphrase administrative. Le fusil, lui, n'a pas bougé : l'arrêté du 3 août 2023 a reconduit pour trois ans le droit de piéger et de détruire neuf espèces, renard et fouine en tête.\n\nLa consultation publique organisée entre la mi-juin et le début juillet 2023 avait recueilli plus de 49 000 contributions, dans leur écrasante majorité défavorables au projet. Le texte est sorti presque inchangé. La Ligue pour la protection des oiseaux a annoncé un recours, l'Association pour la protection des animaux sauvages une saisine du Conseil d'État. C'est devenu un rituel triennal : consultation, avis négatif, publication, contentieux.\n\n  **Ce que dit l'arrêté du 3 août 2023**\n\nNeuf espèces classées ESOD au titre du groupe 2, pour la période du 1er juillet 2023 au 30 juin 2026 : quatre mammifères (belette, fouine, martre, renard roux) et cinq oiseaux (corbeau freux, corneille noire, pie bavarde, geai des chênes, étourneau sansonnet). Le classement vaut département par département, pas sur tout le territoire.\n\n## Nuisible, ESOD : ce que le changement de mot a changé\n\nLa loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages a rayé du Code de l'environnement les adjectifs malfaisant et nuisible, hérités du dix-neuvième siècle. À la place, une formule descriptive : espèce susceptible d'occasionner des dégâts, abrégée en ESOD.\n\nSur le fond juridique, le régime est resté le même. Le classement ouvre aux propriétaires, fermiers et titulaires du droit de destruction la possibilité de piéger l'animal toute l'année, de le détruire à tir dans des conditions fixées par arrêté préfectoral, et pour certaines espèces de le déterrer. Il ne s'agit pas de chasse au sens strict : la destruction relève d'une police administrative distincte, avec ses propres autorisations et ses propres périodes. Un renard classé ESOD peut donc être détruit hors saison de chasse, ce qui est précisément l'objet du dispositif.\n\nLe changement de vocabulaire a malgré tout un effet réel, moins visible. En imposant la notion de dégâts, il oblige en principe l'administration à motiver chaque classement départemental par des données de dommages constatés. C'est sur ce terrain que les recours prospèrent quand ils prospèrent : le Conseil d'État a annulé en juillet 2021 le classement du putois, faute de justification suffisante. Depuis, l'espèce ne figure plus sur la liste.\n\n  **Trois groupes, trois logiques**\n\nGroupe 1 : espèces exotiques envahissantes, classées par arrêté ministériel sur tout le territoire (vison d'Amérique, raton laveur, chien viverrin, ragondin, rat musqué, bernache du Canada). Groupe 2 : espèces indigènes, classées par département pour trois ans, c'est la liste dont il est question ici. Groupe 3 : sanglier, lapin de garenne, pigeon ramier, classés chaque année par le préfet.\n\n## Neuf espèces, et ce qu'on leur reproche\n\nLe classement ne concerne jamais toute la France pour toutes les espèces. La belette n'est classée que dans une poignée de départements, le geai des chênes et l'étourneau sansonnet dans quelques dizaines. Le renard roux, lui, figure sur la liste dans la grande majorité du territoire. Avant de considérer qu'une espèce est détruisible chez vous, il faut consulter l'annexe de l'arrêté, qui liste les départements ligne par ligne.\n\nLes motifs invoqués relèvent de trois familles : dommages aux élevages de volailles et de gibier, dégâts aux cultures et aux récoltes, atteintes à la santé ou à la sécurité publiques. Les voici espèce par espèce, avec ce que l'animal fait réellement.\n\n![Une belette dressée dans l'herbe, pelage brun et ventre clair](https://www.dicoanimaux.com/wp-content/uploads/2023/08/une-belette-scaled.jpg)\n\n1. **La belette.** Le plus petit carnivore d'Europe, 60 à 150 grammes, capable de suivre un campagnol dans sa galerie. Son régime est composé à plus de 80 % de petits rongeurs. Les cas de prédation sur les poulaillers existent mais restent marginaux, et son classement est le plus difficile à justifier par les chiffres.\n2. **La fouine.** Excellente grimpeuse, nocturne, elle s'installe dans les combles et sous les capots de voiture. C'est bien la fouine, et non la martre, qui sectionne les durites et les câbles des moteurs encore tièdes : le comportement est documenté depuis les années 1970 en Europe centrale et coûte cher aux assureurs.\n3. **La martre des pins.** Sa cousine forestière, plus discrète et plus rare, qui fréquente peu les habitations. Son classement s'appuie sur les dégâts en élevage de gibier.\n4. **Le renard roux.** Il entend un rongeur remuer sous plusieurs dizaines de centimètres de neige et localise sa proie à l'oreille avant de plonger. Un adulte consomme plusieurs milliers de micromammifères par an. C'est aussi le principal accusé pour les pertes de volailles, et le premier concerné par les campagnes de destruction.\n5. **Le corbeau freux.** Grégaire, il fréquente les semis de maïs et de tournesol au printemps, ce qui fonde le gros des plaintes agricoles. Les corvidés comptent parmi les oiseaux les plus habiles connus, capables de fabriquer et d'utiliser des outils en conditions expérimentales.\n6. **La corneille noire.** Plus grande et moins grégaire que le freux, souvent en couple sur un territoire. Elle laisse effectivement tomber noix et coquillages sur les surfaces dures pour les ouvrir, y compris sur les routes.\n7. **La pie bavarde.** Accusée depuis des siècles de voler les objets brillants, elle en est innocentée : une étude expérimentale de l'université d'Exeter publiée en 2014 a montré que les pies évitent plutôt les objets brillants inconnus. Ce qu'on lui reproche en réalité, c'est la prédation sur les nichées d'autres oiseaux.\n8. **Le geai des chênes.** Il enterre plusieurs milliers de glands par automne, en oublie une partie, et replante ainsi des chênaies entières. Son rôle dans la régénération forestière est étudié depuis longtemps, ce qui rend son classement paradoxal.\n9. **L'étourneau sansonnet.** Imitateur remarquable, capable de reprendre le chant d'un merle ou une sonnerie de téléphone. Ses rassemblements hivernaux de plusieurs dizaines de milliers d'individus posent des problèmes réels en vergers et en ville.\n\n  **Une correction qui circule mal**\n\nOn lit souvent que pies et geais participent à la pollinisation. C'est faux : ce sont des oiseaux granivores et omnivores, pas des pollinisateurs. Leur service écologique réel est la dissémination des graines, en particulier les glands pour le geai. La confusion affaiblit un argument qui tient debout par lui-même.\n\n## La régulation fonctionne-t-elle ?\n\nC'est la question que la consultation publique pose depuis 2019 et à laquelle l'administration répond mal. Pour le renard, plusieurs travaux montrent que la destruction intensive ne fait pas baisser durablement les effectifs : les territoires libérés sont recolonisés, la mortalité artificielle est compensée par une natalité plus forte et par l'immigration des jeunes. Autrement dit, on tue beaucoup pour un résultat démographique nul, en supprimant au passage un prédateur de campagnols dont les pullulations coûtent cher aux prairies.\n\nSur ce point précis, l'argument des associations n'est pas idéologique, il est arithmétique. Et il n'a jamais reçu de réfutation chiffrée dans les documents accompagnant les arrêtés successifs.\n\nL'autre reproche porte sur les données elles-mêmes. Les dégâts servant à motiver un classement sont largement déclaratifs, remontés par les fédérations de chasseurs et les syndicats agricoles, sans expertise contradictoire systématique ni distinction entre prédation constatée et prédation supposée. Une poule disparue est comptée renard par défaut, alors qu'un chien errant ou un rapace peut être en cause.\n\n## Qui a le droit de détruire, et dans quelles conditions\n\nLe classement ESOD n'ouvre pas un droit général. Il bénéficie au propriétaire du terrain, au fermier qui l'exploite, au détenteur du droit de destruction, et aux personnes qu'ils délèguent. Un promeneur qui abat une fouine sur un chemin commet une infraction, classement ou pas.\n\nLe piégeage est encadré à part : il exige un agrément préfectoral obtenu après une formation, une déclaration en mairie, un marquage des pièges, et une visite quotidienne des installations. Les pièges tuants sont interdits dans certaines configurations, et les captures accidentelles d'espèces protégées doivent être relâchées. Le tir hors période de chasse suppose une autorisation individuelle du préfet, souvent limitée dans le temps et dans l'espace.\n\nPour un particulier confronté à une fouine dans ses combles, la voie la plus efficace reste la fermeture des accès pendant que l'animal est dehors, entre le printemps et l'automne, après s'être assuré qu'aucun jeune ne reste à l'intérieur. Les entreprises spécialisées interviennent, et plusieurs associations naturalistes proposent des conseils gratuits. La destruction n'est ni la première option ni la plus durable : un territoire libéré est réoccupé dans l'année par une autre fouine, tandis qu'un accès condamné le reste.\n\n  **Le calendrier de la liste**\n\nL'arrêté groupe 2 court du 1er juillet 2023 au 30 juin 2026. La consultation publique sur la liste suivante interviendra donc au printemps 2026, pour une publication attendue à l'été. Les listes du groupe 3, elles, sont refaites chaque année par arrêté préfectoral, consultable sur le site de la préfecture.\n\n## Ce qui marche sans détruire\n\nLes solutions non létales existent et sont documentées, notamment pour la protection des volailles, qui concentre le plus gros du conflit.\n\n- Un poulailler fermé la nuit et un grillage enterré sur trente à quarante centimètres suffisent à écarter la quasi-totalité des attaques de renard et de fouine. La plupart des pertes surviennent sur des parcs ouverts ou mal clos.\n- Les nichoirs à chouette effraie installés dans les bâtiments agricoles font travailler un prédateur de rongeurs gratuitement. Il ne s'agit pas de réintroduire l'espèce, qui est déjà présente, mais de lui rendre les sites de nidification que la rénovation des granges a supprimés.\n- Contre les corvidés, les effaroucheurs sonores mobiles, les filets sur les cultures sensibles et le décalage des dates de semis donnent des résultats mesurables.\n- La stérilisation des renards, parfois présentée comme une piste, n'est pas une pratique établie en France : aucun programme opérationnel de ce type n'y est déployé. Ne comptez pas dessus.\n\nLe débat sur les ESOD ne se règlera pas par un changement de mot supplémentaire. Il se réglera le jour où un classement devra s'appuyer sur des dégâts vérifiés, espèce par espèce et département par département, et où l'échec d'une méthode de régulation aura des conséquences sur son maintien. Les recours déposés en 2023 visaient exactement ce point.",
    "content_html": "<p>Le mot nuisible a disparu du droit français en 2016, remplacé par une périphrase administrative. Le fusil, lui, n'a pas bougé : l'arrêté du 3 août 2023 a reconduit pour trois ans le droit de piéger et de détruire neuf espèces, renard et fouine en tête.</p>\n\n<p>La consultation publique organisée entre la mi-juin et le début juillet 2023 avait recueilli plus de 49 000 contributions, dans leur écrasante majorité défavorables au projet. Le texte est sorti presque inchangé. La Ligue pour la protection des oiseaux a annoncé un recours, l'Association pour la protection des animaux sauvages une saisine du Conseil d'État. C'est devenu un rituel triennal : consultation, avis négatif, publication, contentieux.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-orange\">\n<strong>Ce que dit l'arrêté du 3 août 2023</strong>\n<p>Neuf espèces classées ESOD au titre du groupe 2, pour la période du 1er juillet 2023 au 30 juin 2026 : quatre mammifères (belette, fouine, martre, renard roux) et cinq oiseaux (corbeau freux, corneille noire, pie bavarde, geai des chênes, étourneau sansonnet). Le classement vaut département par département, pas sur tout le territoire.</p>\n</aside>\n\n<h2>Nuisible, ESOD : ce que le changement de mot a changé</h2>\n\n<p>La loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages a rayé du Code de l'environnement les adjectifs malfaisant et nuisible, hérités du dix-neuvième siècle. À la place, une formule descriptive : espèce susceptible d'occasionner des dégâts, abrégée en ESOD.</p>\n\n<p>Sur le fond juridique, le régime est resté le même. Le classement ouvre aux propriétaires, fermiers et titulaires du droit de destruction la possibilité de piéger l'animal toute l'année, de le détruire à tir dans des conditions fixées par arrêté préfectoral, et pour certaines espèces de le déterrer. Il ne s'agit pas de chasse au sens strict : la destruction relève d'une police administrative distincte, avec ses propres autorisations et ses propres périodes. Un renard classé ESOD peut donc être détruit hors saison de chasse, ce qui est précisément l'objet du dispositif.</p>\n\n<p>Le changement de vocabulaire a malgré tout un effet réel, moins visible. En imposant la notion de dégâts, il oblige en principe l'administration à motiver chaque classement départemental par des données de dommages constatés. C'est sur ce terrain que les recours prospèrent quand ils prospèrent : le Conseil d'État a annulé en juillet 2021 le classement du putois, faute de justification suffisante. Depuis, l'espèce ne figure plus sur la liste.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-bleu\">\n<strong>Trois groupes, trois logiques</strong>\n<p>Groupe 1 : espèces exotiques envahissantes, classées par arrêté ministériel sur tout le territoire (vison d'Amérique, raton laveur, chien viverrin, ragondin, rat musqué, bernache du Canada). Groupe 2 : espèces indigènes, classées par département pour trois ans, c'est la liste dont il est question ici. Groupe 3 : sanglier, lapin de garenne, pigeon ramier, classés chaque année par le préfet.</p>\n</aside>\n\n<h2>Neuf espèces, et ce qu'on leur reproche</h2>\n\n<p>Le classement ne concerne jamais toute la France pour toutes les espèces. La belette n'est classée que dans une poignée de départements, le geai des chênes et l'étourneau sansonnet dans quelques dizaines. Le renard roux, lui, figure sur la liste dans la grande majorité du territoire. Avant de considérer qu'une espèce est détruisible chez vous, il faut consulter l'annexe de l'arrêté, qui liste les départements ligne par ligne.</p>\n\n<p>Les motifs invoqués relèvent de trois familles : dommages aux élevages de volailles et de gibier, dégâts aux cultures et aux récoltes, atteintes à la santé ou à la sécurité publiques. Les voici espèce par espèce, avec ce que l'animal fait réellement.</p>\n\n<p><img src=\"/wp-content/uploads/2023/08/une-belette-scaled.jpg\" alt=\"Une belette dressée dans l'herbe, pelage brun et ventre clair\" width=\"1200\" height=\"798\"></p>\n\n<ol>\n<li><strong>La belette.</strong> Le plus petit carnivore d'Europe, 60 à 150 grammes, capable de suivre un campagnol dans sa galerie. Son régime est composé à plus de 80 % de petits rongeurs. Les cas de prédation sur les poulaillers existent mais restent marginaux, et son classement est le plus difficile à justifier par les chiffres.</li>\n<li><strong>La fouine.</strong> Excellente grimpeuse, nocturne, elle s'installe dans les combles et sous les capots de voiture. C'est bien la fouine, et non la martre, qui sectionne les durites et les câbles des moteurs encore tièdes : le comportement est documenté depuis les années 1970 en Europe centrale et coûte cher aux assureurs.</li>\n<li><strong>La martre des pins.</strong> Sa cousine forestière, plus discrète et plus rare, qui fréquente peu les habitations. Son classement s'appuie sur les dégâts en élevage de gibier.</li>\n<li><strong>Le renard roux.</strong> Il entend un rongeur remuer sous plusieurs dizaines de centimètres de neige et localise sa proie à l'oreille avant de plonger. Un adulte consomme plusieurs milliers de micromammifères par an. C'est aussi le principal accusé pour les pertes de volailles, et le premier concerné par les campagnes de destruction.</li>\n<li><strong>Le corbeau freux.</strong> Grégaire, il fréquente les semis de maïs et de tournesol au printemps, ce qui fonde le gros des plaintes agricoles. Les corvidés comptent parmi les oiseaux les plus habiles connus, capables de fabriquer et d'utiliser des outils en conditions expérimentales.</li>\n<li><strong>La corneille noire.</strong> Plus grande et moins grégaire que le freux, souvent en couple sur un territoire. Elle laisse effectivement tomber noix et coquillages sur les surfaces dures pour les ouvrir, y compris sur les routes.</li>\n<li><strong>La pie bavarde.</strong> Accusée depuis des siècles de voler les objets brillants, elle en est innocentée : une étude expérimentale de l'université d'Exeter publiée en 2014 a montré que les pies évitent plutôt les objets brillants inconnus. Ce qu'on lui reproche en réalité, c'est la prédation sur les nichées d'autres oiseaux.</li>\n<li><strong>Le geai des chênes.</strong> Il enterre plusieurs milliers de glands par automne, en oublie une partie, et replante ainsi des chênaies entières. Son rôle dans la régénération forestière est étudié depuis longtemps, ce qui rend son classement paradoxal.</li>\n<li><strong>L'étourneau sansonnet.</strong> Imitateur remarquable, capable de reprendre le chant d'un merle ou une sonnerie de téléphone. Ses rassemblements hivernaux de plusieurs dizaines de milliers d'individus posent des problèmes réels en vergers et en ville.</li>\n</ol>\n\n<aside class=\"bluf bluf-rouge\">\n<strong>Une correction qui circule mal</strong>\n<p>On lit souvent que pies et geais participent à la pollinisation. C'est faux : ce sont des oiseaux granivores et omnivores, pas des pollinisateurs. Leur service écologique réel est la dissémination des graines, en particulier les glands pour le geai. La confusion affaiblit un argument qui tient debout par lui-même.</p>\n</aside>\n\n<h2>La régulation fonctionne-t-elle ?</h2>\n\n<p>C'est la question que la consultation publique pose depuis 2019 et à laquelle l'administration répond mal. Pour le renard, plusieurs travaux montrent que la destruction intensive ne fait pas baisser durablement les effectifs : les territoires libérés sont recolonisés, la mortalité artificielle est compensée par une natalité plus forte et par l'immigration des jeunes. Autrement dit, on tue beaucoup pour un résultat démographique nul, en supprimant au passage un prédateur de campagnols dont les pullulations coûtent cher aux prairies.</p>\n\n<p>Sur ce point précis, l'argument des associations n'est pas idéologique, il est arithmétique. Et il n'a jamais reçu de réfutation chiffrée dans les documents accompagnant les arrêtés successifs.</p>\n\n<p>L'autre reproche porte sur les données elles-mêmes. Les dégâts servant à motiver un classement sont largement déclaratifs, remontés par les fédérations de chasseurs et les syndicats agricoles, sans expertise contradictoire systématique ni distinction entre prédation constatée et prédation supposée. Une poule disparue est comptée renard par défaut, alors qu'un chien errant ou un rapace peut être en cause.</p>\n\n<h2>Qui a le droit de détruire, et dans quelles conditions</h2>\n\n<p>Le classement ESOD n'ouvre pas un droit général. Il bénéficie au propriétaire du terrain, au fermier qui l'exploite, au détenteur du droit de destruction, et aux personnes qu'ils délèguent. Un promeneur qui abat une fouine sur un chemin commet une infraction, classement ou pas.</p>\n\n<p>Le piégeage est encadré à part : il exige un agrément préfectoral obtenu après une formation, une déclaration en mairie, un marquage des pièges, et une visite quotidienne des installations. Les pièges tuants sont interdits dans certaines configurations, et les captures accidentelles d'espèces protégées doivent être relâchées. Le tir hors période de chasse suppose une autorisation individuelle du préfet, souvent limitée dans le temps et dans l'espace.</p>\n\n<p>Pour un particulier confronté à une fouine dans ses combles, la voie la plus efficace reste la fermeture des accès pendant que l'animal est dehors, entre le printemps et l'automne, après s'être assuré qu'aucun jeune ne reste à l'intérieur. Les entreprises spécialisées interviennent, et plusieurs associations naturalistes proposent des conseils gratuits. La destruction n'est ni la première option ni la plus durable : un territoire libéré est réoccupé dans l'année par une autre fouine, tandis qu'un accès condamné le reste.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-violet\">\n<strong>Le calendrier de la liste</strong>\n<p>L'arrêté groupe 2 court du 1er juillet 2023 au 30 juin 2026. La consultation publique sur la liste suivante interviendra donc au printemps 2026, pour une publication attendue à l'été. Les listes du groupe 3, elles, sont refaites chaque année par arrêté préfectoral, consultable sur le site de la préfecture.</p>\n</aside>\n\n<h2>Ce qui marche sans détruire</h2>\n\n<p>Les solutions non létales existent et sont documentées, notamment pour la protection des volailles, qui concentre le plus gros du conflit.</p>\n\n<ul>\n<li>Un poulailler fermé la nuit et un grillage enterré sur trente à quarante centimètres suffisent à écarter la quasi-totalité des attaques de renard et de fouine. La plupart des pertes surviennent sur des parcs ouverts ou mal clos.</li>\n<li>Les nichoirs à chouette effraie installés dans les bâtiments agricoles font travailler un prédateur de rongeurs gratuitement. Il ne s'agit pas de réintroduire l'espèce, qui est déjà présente, mais de lui rendre les sites de nidification que la rénovation des granges a supprimés.</li>\n<li>Contre les corvidés, les effaroucheurs sonores mobiles, les filets sur les cultures sensibles et le décalage des dates de semis donnent des résultats mesurables.</li>\n<li>La stérilisation des renards, parfois présentée comme une piste, n'est pas une pratique établie en France : aucun programme opérationnel de ce type n'y est déployé. Ne comptez pas dessus.</li>\n</ul>\n\n<p>Le débat sur les ESOD ne se règlera pas par un changement de mot supplémentaire. Il se réglera le jour où un classement devra s'appuyer sur des dégâts vérifiés, espèce par espèce et département par département, et où l'échec d'une méthode de régulation aura des conséquences sur son maintien. Les recours déposés en 2023 visaient exactement ce point.</p>",
    "alternates": {
        "html": "https://www.dicoanimaux.com/la-liste-controversee-des-animaux-nuisibles-reconduite-quels-enjeux-pour-la-biodiversite.html",
        "markdown": "https://www.dicoanimaux.com/la-liste-controversee-des-animaux-nuisibles-reconduite-quels-enjeux-pour-la-biodiversite.md",
        "json": "https://www.dicoanimaux.com/api/post/la-liste-controversee-des-animaux-nuisibles-reconduite-quels-enjeux-pour-la-biodiversite.json"
    },
    "site": {
        "name": "Dico Animaux",
        "url": "https://www.dicoanimaux.com/"
    },
    "license": "Reproduction autorisée avec lien vers la source."
}