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    "content_markdown": "Un poisson n'a ni cordes vocales ni oreille externe, et pourtant il fait du bruit : grognements, crissements, claquements produits par des bulles lâchées par l'anus. Voici les mécanismes derrière ces sons et ce qu'ils servent à dire.\n\n## Produire du son sans cordes vocales\n\n![Banc de poissons colorés nageant serrés au-dessus d'un fond corallien](https://www.dicoanimaux.com/wp-content/uploads/2024/05/La-communication-intelligente-des-poissons-decryptage-des-techniques-fascinantes.webp)\n\nSous l'eau, le son voyage environ cinq fois plus vite que dans l'air, à peu près 1 500 mètres par seconde, et il porte bien plus loin que la lumière. Faire du bruit est donc plus rentable que se montrer. Le procédé le plus répandu utilise la **vessie natatoire** : des muscles dits soniques, plaqués contre cette poche de gaz, la font vibrer comme la peau d'un tambour. Ces muscles comptent parmi les plus rapides connus chez les vertébrés, avec plus de cent contractions par seconde chez le poisson-crapaud. Ça donne un ronflement grave.\n\n  **Le silence des mers est un mythe de cinéma**\n\nUne synthèse parue en 2022 dans Ichthyology and Herpetology a recensé des émissions sonores dans 175 familles de poissons à nageoires rayonnées, et estime par extrapolation que les deux tiers des familles en produisent. Si nous n'entendons rien, c'est surtout que nos oreilles sont mauvaises sous l'eau.\n\n## Le hareng qui parle par l'anus\n\nC'est le cas le plus étrange, et il est solidement documenté. Le hareng de l'Atlantique et celui du Pacifique évacuent un filet de gaz par le conduit anal, ce qui produit une salve de claquements très brefs, baptisée FRT pour Fast Repetitive Tick. Les travaux publiés en 2004 décrivent des séries allant jusqu'à sept secondes, entre 1,7 et 22 kilohertz. Deux détails comptent : les salves se multiplient quand la densité du banc augmente, et elles se déclenchent surtout de nuit. Signal de contact entre congénères, donc, pas une digestion bruyante.\n\n## Le poisson-chat grince de la nageoire, pas des dents\n\nLa version qui circule un peu partout parle de dents et de vertèbres frottées l'une contre l'autre. C'est faux. Chez les silures et la plupart des poissons-chats, le bruit vient du premier rayon épineux des nageoires pectorales : sa base, striée comme une râpe, tourne dans la cavité de la ceinture pectorale et crisse. C'est de la stridulation, comme chez le criquet. Attrapez un poisson-chat à mains nues et il le fait : le signal dit la détresse.\n\n  **Trois machineries, trois familles de sons**\n\nVessie natatoire tambourinée, pièces osseuses frottées, gaz expulsé par un conduit. Ajoutez les bruits involontaires : le raclage du bec du poisson-perroquet sur le corail s'entend à quelques mètres en plongée, mais il vient de son repas, pas d'un message adressé à un congénère.\n\n## Entendre avec la peau\n\nLa **ligne latérale** court du crâne à la queue, visible comme une fine couture sur le flanc. Ses cellules ciliées mesurent les micro-déplacements d'eau autour du corps. C'est ce qui permet à un banc de virer d'un bloc : des poissons rendus aveugles continuent de nager en formation, des poissons privés de ligne latérale non.\n\n## À quoi servent ces signaux\n\n- Reproduction : chez beaucoup d'espèces, seul le mâle a des muscles soniques, et il chante pour attirer une femelle sur son site de ponte.\n- Territoire : le grondement précède la morsure et évite un combat coûteux.\n- Cohésion : les claquements du hareng servent d'appel de contact dans le noir.\n- Alarme : un départ brutal se propage dans le banc avant même que les voisins aient vu le prédateur.\n\n  **Ce que ça change dans un aquarium**\n\nUne pompe posée à même le meuble transmet ses vibrations au verre, et le verre les transmet à l'eau. Un tapis de mousse de quelques millimètres sous la cuve supprime presque tout. Et on ne tape pas sur la vitre : pour un poisson, c'est une détonation.\n\nCette bioacoustique sert maintenant à autre chose qu'à la curiosité. Des hydrophones posés sur un récif permettent d'y compter les espèces sans plonger ni pêcher, et de suivre le repeuplement après restauration, puisqu'un récif vivant est bruyant et un récif mort presque muet. Le trafic maritime, lui, occupe les basses fréquences, celles-là mêmes où beaucoup d'espèces se parlent.",
    "content_html": "<p>Un poisson n'a ni cordes vocales ni oreille externe, et pourtant il fait du bruit : grognements, crissements, claquements produits par des bulles lâchées par l'anus. Voici les mécanismes derrière ces sons et ce qu'ils servent à dire.</p>\n\n<h2>Produire du son sans cordes vocales</h2>\n\n<figure>\n<img width=\"1344\" height=\"768\" src=\"/wp-content/uploads/2024/05/La-communication-intelligente-des-poissons-decryptage-des-techniques-fascinantes.webp\" alt=\"Banc de poissons colorés nageant serrés au-dessus d'un fond corallien\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\">\n</figure>\n\n<p>Sous l'eau, le son voyage environ cinq fois plus vite que dans l'air, à peu près 1 500 mètres par seconde, et il porte bien plus loin que la lumière. Faire du bruit est donc plus rentable que se montrer. Le procédé le plus répandu utilise la <strong>vessie natatoire</strong> : des muscles dits soniques, plaqués contre cette poche de gaz, la font vibrer comme la peau d'un tambour. Ces muscles comptent parmi les plus rapides connus chez les vertébrés, avec plus de cent contractions par seconde chez le poisson-crapaud. Ça donne un ronflement grave.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-bleu\">\n<strong>Le silence des mers est un mythe de cinéma</strong>\n<p>Une synthèse parue en 2022 dans Ichthyology and Herpetology a recensé des émissions sonores dans 175 familles de poissons à nageoires rayonnées, et estime par extrapolation que les deux tiers des familles en produisent. Si nous n'entendons rien, c'est surtout que nos oreilles sont mauvaises sous l'eau.</p>\n</aside>\n\n<h2>Le hareng qui parle par l'anus</h2>\n\n<p>C'est le cas le plus étrange, et il est solidement documenté. Le hareng de l'Atlantique et celui du Pacifique évacuent un filet de gaz par le conduit anal, ce qui produit une salve de claquements très brefs, baptisée FRT pour Fast Repetitive Tick. Les travaux publiés en 2004 décrivent des séries allant jusqu'à sept secondes, entre 1,7 et 22 kilohertz. Deux détails comptent : les salves se multiplient quand la densité du banc augmente, et elles se déclenchent surtout de nuit. Signal de contact entre congénères, donc, pas une digestion bruyante.</p>\n\n<h2>Le poisson-chat grince de la nageoire, pas des dents</h2>\n\n<p>La version qui circule un peu partout parle de dents et de vertèbres frottées l'une contre l'autre. C'est faux. Chez les silures et la plupart des poissons-chats, le bruit vient du premier rayon épineux des nageoires pectorales : sa base, striée comme une râpe, tourne dans la cavité de la ceinture pectorale et crisse. C'est de la stridulation, comme chez le criquet. Attrapez un poisson-chat à mains nues et il le fait : le signal dit la détresse.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-orange\">\n<strong>Trois machineries, trois familles de sons</strong>\n<p>Vessie natatoire tambourinée, pièces osseuses frottées, gaz expulsé par un conduit. Ajoutez les bruits involontaires : le raclage du bec du poisson-perroquet sur le corail s'entend à quelques mètres en plongée, mais il vient de son repas, pas d'un message adressé à un congénère.</p>\n</aside>\n\n<h2>Entendre avec la peau</h2>\n\n<p>La <strong>ligne latérale</strong> court du crâne à la queue, visible comme une fine couture sur le flanc. Ses cellules ciliées mesurent les micro-déplacements d'eau autour du corps. C'est ce qui permet à un banc de virer d'un bloc : des poissons rendus aveugles continuent de nager en formation, des poissons privés de ligne latérale non.</p>\n\n<h2>À quoi servent ces signaux</h2>\n\n<ul>\n<li>Reproduction : chez beaucoup d'espèces, seul le mâle a des muscles soniques, et il chante pour attirer une femelle sur son site de ponte.</li>\n<li>Territoire : le grondement précède la morsure et évite un combat coûteux.</li>\n<li>Cohésion : les claquements du hareng servent d'appel de contact dans le noir.</li>\n<li>Alarme : un départ brutal se propage dans le banc avant même que les voisins aient vu le prédateur.</li>\n</ul>\n\n<aside class=\"bluf bluf-vert\">\n<strong>Ce que ça change dans un aquarium</strong>\n<p>Une pompe posée à même le meuble transmet ses vibrations au verre, et le verre les transmet à l'eau. Un tapis de mousse de quelques millimètres sous la cuve supprime presque tout. Et on ne tape pas sur la vitre : pour un poisson, c'est une détonation.</p>\n</aside>\n\n<p>Cette bioacoustique sert maintenant à autre chose qu'à la curiosité. Des hydrophones posés sur un récif permettent d'y compter les espèces sans plonger ni pêcher, et de suivre le repeuplement après restauration, puisqu'un récif vivant est bruyant et un récif mort presque muet. Le trafic maritime, lui, occupe les basses fréquences, celles-là mêmes où beaucoup d'espèces se parlent.</p>",
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