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Un ours à jeun perd environ 1 kg par jour.\n\n## Une journée créée pour compter les jours de glace\n\nLa Journée internationale de l'ours polaire a été lancée par Polar Bears International, une organisation de recherche et de conservation basée au Montana et implantée à Churchill, au Manitoba, sur la route migratoire des ours de la baie d'Hudson. Elle se tient chaque 27 février, en plein hiver arctique, au moment où la banquise atteint son extension maximale de l'année.\n\nLe choix de la date n'est pas décoratif. Février est le mois où les femelles gestantes sont encore dans leur tanière et où les mâles chassent sur une glace épaisse. C'est le meilleur de l'année pour l'espèce, et c'est ce maximum hivernal que les satellites du National Snow and Ice Data Center mesurent depuis 1979. La courbe descend.\n\nL'organisation en profite pour pousser un message très concret, lié au chauffage et à l'isolation des bâtiments, plutôt qu'une vague invitation à aimer les animaux. Le raisonnement se tient : chaque tonne de CO2 en moins retarde la fonte, et la fonte est le seul paramètre qui décide de l'avenir des ours.\n\n## Le plus grand carnivore terrestre, et ses mesures\n\nL'ours polaire partage le titre avec l'ours kodiak, selon les individus et les années. Un gros mâle de la mer de Beaufort atteint 3 mètres de long et dépasse les 600 kg à l'automne, quand ses réserves sont pleines ; le même animal au printemps, après des mois de dépense, pèse un tiers de moins. Les femelles font la moitié du poids des mâles, écart parmi les plus marqués chez les mammifères terrestres.\n\n| Caractéristique | Mâle | Femelle |\n| --- | --- | --- |\n| Poids | 350 à 700 kg (adulte, selon la saison) | 150 à 250 kg (adulte, hors gestation) |\n| Longueur | 2,4 à 3 m (adulte) | 1,8 à 2,4 m (adulte) |\n| Hauteur au garrot | environ 1,3 m à quatre pattes |  |\n| Statut de conservation | Vulnérable, population en diminution (UICN) |  |\n| Vitesse | jusqu'à 40 km/h en sprint, sur quelques dizaines de mètres |  |\n| Gestation | 195 à 265 jours, diapause embryonnaire comprise |  |\n| Longévité | 20 à 25 ans à l'état sauvage |  |\n| Nom scientifique | Ursus maritimus |  |\n\nSa fourrure n'est pas blanche : les poils sont creux et translucides, et ils diffusent la lumière. En dessous, la peau est noire. L'isolation vient surtout d'une couche de graisse qui atteint 11 centimètres sur un animal en bonne condition, assez efficace pour qu'un ours en activité risque davantage la surchauffe que le froid. Ses pattes avant, larges comme des pagaies, le portent plusieurs jours d'affilée à la nage : des traversées de plus de 600 kilomètres ont été enregistrées par balise en mer de Beaufort.\n\n  **Pourquoi il ne peut pas simplement changer de menu**\n\nUn phoque annelé adulte apporte de quoi couvrir plusieurs jours de besoins d'un ours. Il faudrait des dizaines de kilos d'oeufs d'oiseaux ou de baies pour égaler ce repas, et l'énergie dépensée à les chercher annule presque le gain. Le régime de substitution existe, il ne remplace rien.\n\n## Une chasse qui demande de la patience et un trou dans la glace\n\nLe phoque annelé fait le gros du menu, complété par le phoque barbu. La technique dominante est l'affût : l'ours repère un trou de respiration à l'odorat, parfois sous 50 centimètres de neige, s'immobilise et attend. L'attente dure souvent plus d'une heure, parfois beaucoup plus, pour une tentative sur vingt qui aboutit.\n\nCe qui l'intéresse, c'est le lard. Un ours repu laisse fréquemment la carcasse après avoir consommé la graisse, ce qui nourrit derrière lui renards arctiques, mouettes et ours plus jeunes. Le reste du régime reste marginal : carcasses de baleines échouées, morses affaiblis, bélugas piégés dans une nappe d'eau libre. En été, sur la terre ferme, certains individus mangent des oeufs d'oies, des baies, des algues. Ces calories ne compensent pas le manque : les suivis de la baie d'Hudson montrent des ours qui perdent du poids pendant toute la période sans glace, quoi qu'ils trouvent à terre.\n\n## La tanière, huit mois de décalage et 600 grammes\n\nL'accouplement a lieu d'avril à juin, sur la banquise, les mâles suivant les traces olfactives des femelles sur des dizaines de kilomètres. L'oeuf fécondé ne s'implante pas tout de suite : la femelle porte un embryon en pause jusqu'à l'automne, et l'implantation ne se déclenche que si elle a accumulé assez de graisse. Une femelle trop maigre en septembre ne fait pas de petits cette année-là. C'est le mécanisme par lequel la fonte des glaces se traduit directement en natalité.\n\nElle creuse ensuite une tanière dans une congère, entre octobre et décembre, et y met bas en plein hiver. Les oursons naissent aveugles, presque nus, autour de 600 grammes, soit le poids d'un cochon d'Inde adulte face à une mère de 200 kg. Ils tètent un lait dont la teneur en matières grasses dépasse 30 %, sortent de la tanière en mars ou avril, et restent avec leur mère environ deux ans et demi, le temps d'apprendre à repérer un trou de phoque et à tenir l'affût.\n\n  **Le calendrier d'une année d'ours**\n\nAvril à juin : accouplement sur la banquise. Automne : implantation de l'embryon, si les réserves suffisent. Octobre à décembre : creusement de la tanière. Décembre à janvier : naissances. Mars ou avril : sortie avec les oursons. Été : jeûne à terre, tant que la glace n'est pas revenue.\n\n## Ce que la fonte change concrètement\n\nDans la baie d'Hudson occidentale, la population suivie depuis les années 1980 est passée d'environ 1 200 individus à un peu plus de 600 lors du relevé aérien de 2021. La cause tient en une phrase : la débâcle arrive plus tôt au printemps, la prise en glace plus tard à l'automne, et la période de jeûne à terre s'allonge de plusieurs semaines par rapport aux années 1980. Chaque semaine supplémentaire coûte des kilos, et donc des portées.\n\nLes autres menaces existent sans avoir le même poids. Les polluants organiques persistants s'accumulent dans la graisse et remontent jusqu'aux oursons par le lait. Le trafic maritime progresse à mesure que les passages s'ouvrent. Les rencontres avec les habitants se multiplient quand des ours affamés fouillent les décharges des communautés côtières : Churchill gère ces incidents avec une équipe d'alerte dédiée et un enclos de rétention temporaire. La chasse, elle, est encadrée depuis l'accord de 1973 entre le Canada, les États-Unis, le Danemark, la Norvège et l'URSS, premier traité international consacré à une seule espèce.\n\n  **Le piège des bonnes nouvelles**\n\nOn lit parfois que la population mondiale aurait augmenté depuis les années 1960. C'est vrai, et ça ne dit rien de l'avenir : la hausse vient de l'arrêt de la chasse commerciale, pas d'un habitat en meilleur état. Les deux courbes, celle de la chasse et celle de la banquise, ne racontent pas la même histoire.\n\n## Ce qu'on peut faire depuis chez soi\n\nLes gestes utiles portent sur l'énergie, parce que c'est le seul levier qui agit sur la glace : isolation du logement, chauffage réglé un degré plus bas, déplacements repensés. Le reste relève du soutien aux programmes de recherche, qui financent les colliers émetteurs et les relevés aériens sans lesquels on ne saurait même pas compter les ours. Les projets de conservation cherchent moins à [protéger la biodiversité espèce par espèce](https://www.dicoanimaux.com/les-animaux-et-lecologie-comment-proteger-la-biodiversite.html) qu'à maintenir l'écosystème arctique dans son ensemble, phoques et morue polaire compris.\n\nComme d'autres rendez-vous du calendrier animalier, à l'image de la [journée internationale du chat, le 8 août](https://www.dicoanimaux.com/la-journee-internationale-du-chat-ce-que-votre-felin-ne-vous-dit-pas-sur-le-8-aout.html), celle du 27 février sert surtout à faire circuler des données que personne ne consulte le reste de l'année. Les webcams de Churchill, les cartes d'extension de la banquise et les rapports de l'UICN sont disponibles en continu, et ils valent mieux qu'une photo attendrissante partagée une fois par an.\n\n[Voir la publication sur twitter.com](https://twitter.com/PolarBears/status/1761971023241703449)",
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Un ours à jeun perd environ 1 kg par jour.</p>\n</aside>\n\n<h2>Une journée créée pour compter les jours de glace</h2>\n\n<p>La Journée internationale de l'ours polaire a été lancée par Polar Bears International, une organisation de recherche et de conservation basée au Montana et implantée à Churchill, au Manitoba, sur la route migratoire des ours de la baie d'Hudson. Elle se tient chaque 27 février, en plein hiver arctique, au moment où la banquise atteint son extension maximale de l'année.</p>\n\n<p>Le choix de la date n'est pas décoratif. Février est le mois où les femelles gestantes sont encore dans leur tanière et où les mâles chassent sur une glace épaisse. C'est le meilleur de l'année pour l'espèce, et c'est ce maximum hivernal que les satellites du National Snow and Ice Data Center mesurent depuis 1979. La courbe descend.</p>\n\n<p>L'organisation en profite pour pousser un message très concret, lié au chauffage et à l'isolation des bâtiments, plutôt qu'une vague invitation à aimer les animaux. Le raisonnement se tient : chaque tonne de CO2 en moins retarde la fonte, et la fonte est le seul paramètre qui décide de l'avenir des ours.</p>\n\n<h2>Le plus grand carnivore terrestre, et ses mesures</h2>\n\n<p>L'ours polaire partage le titre avec l'ours kodiak, selon les individus et les années. Un gros mâle de la mer de Beaufort atteint 3 mètres de long et dépasse les 600 kg à l'automne, quand ses réserves sont pleines ; le même animal au printemps, après des mois de dépense, pèse un tiers de moins. Les femelles font la moitié du poids des mâles, écart parmi les plus marqués chez les mammifères terrestres.</p>\n\n<table border=\"1\"><caption>Informations sur l'ours polaire (Ursus maritimus)</caption>\n\n<thead>\n\n<tr>\n\n<th>Caractéristique</th>\n\n<th>Mâle</th>\n\n<th>Femelle</th>\n\n</tr>\n\n</thead>\n\n<tbody>\n\n<tr>\n\n<td>Poids</td>\n\n<td>350 à 700 kg (adulte, selon la saison)</td>\n\n<td>150 à 250 kg (adulte, hors gestation)</td>\n\n</tr>\n\n<tr>\n\n<td>Longueur</td>\n\n<td>2,4 à 3 m (adulte)</td>\n\n<td>1,8 à 2,4 m (adulte)</td>\n\n</tr>\n\n<tr>\n\n<td>Hauteur au garrot</td>\n\n<td colspan=\"2\">environ 1,3 m à quatre pattes</td>\n\n</tr>\n\n<tr>\n\n<td>Statut de conservation</td>\n\n<td colspan=\"2\">Vulnérable, population en diminution (UICN)</td>\n\n</tr>\n\n<tr>\n\n<td>Vitesse</td>\n\n<td colspan=\"2\">jusqu'à 40 km/h en sprint, sur quelques dizaines de mètres</td>\n\n</tr>\n\n<tr>\n\n<td>Gestation</td>\n\n<td colspan=\"2\">195 à 265 jours, diapause embryonnaire comprise</td>\n\n</tr>\n\n<tr>\n\n<td>Longévité</td>\n\n<td colspan=\"2\">20 à 25 ans à l'état sauvage</td>\n\n</tr>\n\n<tr>\n\n<td>Nom scientifique</td>\n\n<td colspan=\"2\">Ursus maritimus</td>\n\n</tr>\n\n</tbody>\n\n</table>\n\n<p>Sa fourrure n'est pas blanche : les poils sont creux et translucides, et ils diffusent la lumière. En dessous, la peau est noire. L'isolation vient surtout d'une couche de graisse qui atteint 11 centimètres sur un animal en bonne condition, assez efficace pour qu'un ours en activité risque davantage la surchauffe que le froid. Ses pattes avant, larges comme des pagaies, le portent plusieurs jours d'affilée à la nage : des traversées de plus de 600 kilomètres ont été enregistrées par balise en mer de Beaufort.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-bleu\">\n<strong>Pourquoi il ne peut pas simplement changer de menu</strong>\n<p>Un phoque annelé adulte apporte de quoi couvrir plusieurs jours de besoins d'un ours. Il faudrait des dizaines de kilos d'oeufs d'oiseaux ou de baies pour égaler ce repas, et l'énergie dépensée à les chercher annule presque le gain. Le régime de substitution existe, il ne remplace rien.</p>\n</aside>\n\n<h2>Une chasse qui demande de la patience et un trou dans la glace</h2>\n\n<p>Le phoque annelé fait le gros du menu, complété par le phoque barbu. La technique dominante est l'affût : l'ours repère un trou de respiration à l'odorat, parfois sous 50 centimètres de neige, s'immobilise et attend. L'attente dure souvent plus d'une heure, parfois beaucoup plus, pour une tentative sur vingt qui aboutit.</p>\n\n<p>Ce qui l'intéresse, c'est le lard. Un ours repu laisse fréquemment la carcasse après avoir consommé la graisse, ce qui nourrit derrière lui renards arctiques, mouettes et ours plus jeunes. Le reste du régime reste marginal : carcasses de baleines échouées, morses affaiblis, bélugas piégés dans une nappe d'eau libre. En été, sur la terre ferme, certains individus mangent des oeufs d'oies, des baies, des algues. Ces calories ne compensent pas le manque : les suivis de la baie d'Hudson montrent des ours qui perdent du poids pendant toute la période sans glace, quoi qu'ils trouvent à terre.</p>\n\n<h2>La tanière, huit mois de décalage et 600 grammes</h2>\n\n<p>L'accouplement a lieu d'avril à juin, sur la banquise, les mâles suivant les traces olfactives des femelles sur des dizaines de kilomètres. L'oeuf fécondé ne s'implante pas tout de suite : la femelle porte un embryon en pause jusqu'à l'automne, et l'implantation ne se déclenche que si elle a accumulé assez de graisse. Une femelle trop maigre en septembre ne fait pas de petits cette année-là. C'est le mécanisme par lequel la fonte des glaces se traduit directement en natalité.</p>\n\n<p>Elle creuse ensuite une tanière dans une congère, entre octobre et décembre, et y met bas en plein hiver. Les oursons naissent aveugles, presque nus, autour de 600 grammes, soit le poids d'un cochon d'Inde adulte face à une mère de 200 kg. Ils tètent un lait dont la teneur en matières grasses dépasse 30 %, sortent de la tanière en mars ou avril, et restent avec leur mère environ deux ans et demi, le temps d'apprendre à repérer un trou de phoque et à tenir l'affût.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-violet\">\n<strong>Le calendrier d'une année d'ours</strong>\n<p>Avril à juin : accouplement sur la banquise. Automne : implantation de l'embryon, si les réserves suffisent. Octobre à décembre : creusement de la tanière. Décembre à janvier : naissances. Mars ou avril : sortie avec les oursons. Été : jeûne à terre, tant que la glace n'est pas revenue.</p>\n</aside>\n\n<h2>Ce que la fonte change concrètement</h2>\n\n<p>Dans la baie d'Hudson occidentale, la population suivie depuis les années 1980 est passée d'environ 1 200 individus à un peu plus de 600 lors du relevé aérien de 2021. La cause tient en une phrase : la débâcle arrive plus tôt au printemps, la prise en glace plus tard à l'automne, et la période de jeûne à terre s'allonge de plusieurs semaines par rapport aux années 1980. Chaque semaine supplémentaire coûte des kilos, et donc des portées.</p>\n\n<p>Les autres menaces existent sans avoir le même poids. Les polluants organiques persistants s'accumulent dans la graisse et remontent jusqu'aux oursons par le lait. Le trafic maritime progresse à mesure que les passages s'ouvrent. Les rencontres avec les habitants se multiplient quand des ours affamés fouillent les décharges des communautés côtières : Churchill gère ces incidents avec une équipe d'alerte dédiée et un enclos de rétention temporaire. La chasse, elle, est encadrée depuis l'accord de 1973 entre le Canada, les États-Unis, le Danemark, la Norvège et l'URSS, premier traité international consacré à une seule espèce.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-rouge\">\n<strong>Le piège des bonnes nouvelles</strong>\n<p>On lit parfois que la population mondiale aurait augmenté depuis les années 1960. C'est vrai, et ça ne dit rien de l'avenir : la hausse vient de l'arrêt de la chasse commerciale, pas d'un habitat en meilleur état. Les deux courbes, celle de la chasse et celle de la banquise, ne racontent pas la même histoire.</p>\n</aside>\n\n<h2>Ce qu'on peut faire depuis chez soi</h2>\n\n<p>Les gestes utiles portent sur l'énergie, parce que c'est le seul levier qui agit sur la glace : isolation du logement, chauffage réglé un degré plus bas, déplacements repensés. Le reste relève du soutien aux programmes de recherche, qui financent les colliers émetteurs et les relevés aériens sans lesquels on ne saurait même pas compter les ours. Les projets de conservation cherchent moins à <a href=\"https://www.dicoanimaux.com/les-animaux-et-lecologie-comment-proteger-la-biodiversite.html\">protéger la biodiversité espèce par espèce</a> qu'à maintenir l'écosystème arctique dans son ensemble, phoques et morue polaire compris.</p>\n\n<p>Comme d'autres rendez-vous du calendrier animalier, à l'image de la <a href=\"https://www.dicoanimaux.com/la-journee-internationale-du-chat-ce-que-votre-felin-ne-vous-dit-pas-sur-le-8-aout.html\">journée internationale du chat, le 8 août</a>, celle du 27 février sert surtout à faire circuler des données que personne ne consulte le reste de l'année. Les webcams de Churchill, les cartes d'extension de la banquise et les rapports de l'UICN sont disponibles en continu, et ils valent mieux qu'une photo attendrissante partagée une fois par an.</p>\n\n<p><a href=\"https://twitter.com/PolarBears/status/1761971023241703449\">Voir la publication sur twitter.com</a></p>",
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