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    "content_markdown": "Le 22 août 2023, au large de l'Îlet la Mère en Guyane, une trentaine de baigneurs ont été attaqués par un essaim d'abeilles africanisées. Une femme de 65 ans est morte, plusieurs personnes ont été évacuées vers Cayenne. Les victimes étaient dans l'eau, et l'eau ne protège pas.\n\nC'est le point que les comptes rendus ont le moins souligné, alors qu'il conditionne la survie dans ce genre d'attaque. Se jeter à l'eau ou y rester est le réflexe le plus naturel et l'un des plus dangereux : l'essaim attend en surface, et il faut bien remonter respirer. Revenons sur ce qui s'est passé, puis sur ce qu'on sait de ces abeilles et de la conduite à tenir.\n\n## Ce qui s'est passé sur l'Îlet la Mère\n\nL'Îlet la Mère fait partie des îles de Rémire, à une dizaine de kilomètres au large de Rémire-Montjoly, en face de Cayenne. On y va en bateau pour la journée, il y a des sentiers, une plage, et une population de saïmiris introduits au siècle dernier par l'Institut Pasteur, qui font la réputation du lieu auprès des familles guyanaises le week-end.\n\nCe 22 août 2023, un groupe de 34 vacanciers se baignait quand l'essaim a chargé. Le bilan communiqué alors faisait état d'une femme de 65 ans décédée, de neuf personnes prises en charge en urgence relative, et de quatre autres évacuées en urgence absolue vers le centre hospitalier de Cayenne, dont un enfant de 4 ans. L'hôpital a déclenché le Plan blanc, le dispositif qui rappelle le personnel disponible et libère des lits quand un afflux de victimes dépasse le fonctionnement ordinaire d'un service.\n\n  **L'eau n'est pas un refuge**\n\nLes abeilles africanisées restent au dessus de la surface et piquent la tête et le visage à chaque remontée. Plusieurs décès documentés en Amérique du Sud concernent des personnes qui se sont noyées ou épuisées en tentant de rester immergées. La seule sortie est de courir, en ligne droite, loin du nid, vers un abri fermé : maison, cabane, voiture, bateau à cabine.\n\n## Abeilles tueuses : d'où vient le nom, et ce qu'il recouvre\n\nL'expression est un raccourci de presse, apparu dans les années 1970 aux États-Unis. Les insectes en cause sont des abeilles mellifères ordinaires, *Apis mellifera*, issues du croisement entre des lignées africaines et les lignées européennes déjà présentes sur le continent américain. On parle plus justement d'abeilles africanisées que d'*Apis mellifera scutellata*, qui désigne la sous espèce africaine d'origine et non l'hybride qui vit aujourd'hui de l'Argentine au sud des États-Unis.\n\nL'histoire est documentée et tient à un accident. En 1956, le généticien Warwick Kerr importe au Brésil des reines d'Afrique de l'Est pour améliorer la production de miel en climat tropical, les lignées européennes s'y montrant peu productives. En 1957, vingt six essaims s'échappent du rucher expérimental de Rio Claro. Ils remontent le continent d'environ 300 à 500 km par an, atteignent les Guyanes au milieu des années 1970 et le Texas à la fin des années 1980.\n\nLeur venin n'est pas différent de celui d'une abeille européenne. À piqûre égale, la douleur et la dose sont les mêmes. Tout se joue sur le comportement de la colonie.\n\n  **Ce qui change concrètement**\n\nUne colonie européenne dérangée envoie quelques dizaines de gardiennes et poursuit sur 20 à 100 mètres. Une colonie africanisée réagit en quelques secondes, mobilise dix fois plus d'ouvrières, poursuit sur plusieurs centaines de mètres et reste en alerte pendant des heures après l'incident. Elle essaime aussi beaucoup plus souvent, ce qui explique sa progression rapide.\n\n## Pourquoi le nombre de piqûres change la nature du problème\n\nDeux mécanismes très différents tuent après une piqûre, et on les confond souvent. Le premier est allergique : une seule piqûre suffit chez une personne sensibilisée, la réaction survient dans la demi heure, et c'est la cause de la quasi totalité des décès en France métropolitaine. Le second est toxique, lié au volume de venin reçu. Il demande des dizaines, voire des centaines de piqûres, et il touche des personnes qui ne sont pas allergiques du tout.\n\nUne attaque massive relève de l'hôpital, pas du cabinet médical. Le tableau associe des atteintes musculaires, rénales et sanguines qui peuvent apparaître avec plusieurs heures de retard, et c'est pour cela qu'une victime de nombreuses piqûres est gardée en surveillance même si elle se sent bien en arrivant. Les enfants, du fait de leur poids, et les personnes âgées ou fragiles basculent dans le grave pour un nombre de piqûres plus faible.\n\n  **Une chronologie en trois temps**\n\n1956 : importation de reines africaines au Brésil. 1957 : fuite de vingt six essaims à Rio Claro. Milieu des années 1970 : les abeilles africanisées atteignent le plateau des Guyanes. Depuis, elles y sont installées à demeure et cohabitent avec l'apiculture locale, qui a appris à travailler avec elles.\n\n## Que faire si un essaim charge\n\nLes recommandations des services américains et brésiliens, qui vivent avec ces insectes depuis quarante ans, tiennent en quelques gestes. Ils vont à l'encontre de ce qu'on ferait spontanément.\n\n- **Courir, tout de suite, et loin.** Pas trente mètres : deux à trois cents mètres au minimum, en ligne droite, sans s'arrêter pour voir si elles suivent. La fuite est la seule réponse qui marche.\n- **Se couvrir la tête et le visage** avec un tee shirt, une serviette, un sac, en dégageant juste assez pour voir où l'on met les pieds. Le visage et le cuir chevelu reçoivent la grande majorité des piqûres.\n- **Ne pas se débattre ni frapper les abeilles.** Les gestes brusques et les insectes écrasés libèrent la phéromone d'alarme qui appelle les autres.\n- **Ne pas rester dans l'eau** et ne pas se cacher dans un buisson dense, qui retient l'essaim autour de vous. Un local fermé ou un véhicule vitres remontées, même avec quelques abeilles entrées avec vous.\n- **Appeler le 15 dès que vous êtes à l'abri** s'il y a de nombreuses piqûres, un enfant, une personne âgée, ou le moindre signe de gêne respiratoire. Les dards se retirent après, en les raclant, jamais en les pinçant.\n\n  **Ce qui évite la rencontre**\n\nCes abeilles nichent volontiers dans des cavités basses et discrètes : troncs creux, tas de bois, compteurs, carcasses, anfractuosités de rochers. En randonnée tropicale, on évite de taper sur les souches, de secouer les branches et de laisser un enfant explorer un trou. Un bourdonnement dense et localisé signale une colonie : on s'éloigne sans courir tant qu'aucune abeille ne vous approche.\n\n## Ce que l'épisode dit, et ce qu'il ne dit pas\n\nIl faut garder la mesure. Les attaques mortelles restent rares au regard du nombre de colonies présentes sur le continent américain, et la Guyane vit avec ces abeilles depuis près de cinquante ans sans drame comparable chaque été. Les apiculteurs guyanais les exploitent, avec des protections renforcées et des ruchers éloignés des habitations, et elles pollinisent comme les autres. Le miel guyanais vient en bonne partie de colonies africanisées, conduites avec des combinaisons plus couvrantes et un enfumage plus généreux qu'en Europe.\n\nCe que l'épisode du 22 août 2023 rappelle, c'est qu'un site de loisirs très fréquenté peut abriter une colonie sans que personne le sache, et que la conduite à tenir n'est enseignée nulle part. Un panneau à l'embarcadère et deux phrases dites aux passagers avant la traversée auraient probablement changé le déroulement de cette journée. C'est aussi valable ailleurs et pour d'autres insectes : quelques minutes de [bons réflexes après une piqûre de guêpe, d'abeille ou de frelon](https://www.dicoanimaux.com/piqure-de-guepe-les-erreurs-a-eviter-pour-ne-pas-aggraver-la-situation.html) valent mieux que toutes les explications données après coup.",
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On y va en bateau pour la journée, il y a des sentiers, une plage, et une population de saïmiris introduits au siècle dernier par l'Institut Pasteur, qui font la réputation du lieu auprès des familles guyanaises le week-end.</p>\n\n<p>Ce 22 août 2023, un groupe de 34 vacanciers se baignait quand l'essaim a chargé. Le bilan communiqué alors faisait état d'une femme de 65 ans décédée, de neuf personnes prises en charge en urgence relative, et de quatre autres évacuées en urgence absolue vers le centre hospitalier de Cayenne, dont un enfant de 4 ans. L'hôpital a déclenché le Plan blanc, le dispositif qui rappelle le personnel disponible et libère des lits quand un afflux de victimes dépasse le fonctionnement ordinaire d'un service.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-rouge\">\n<strong>L'eau n'est pas un refuge</strong>\n<p>Les abeilles africanisées restent au dessus de la surface et piquent la tête et le visage à chaque remontée. Plusieurs décès documentés en Amérique du Sud concernent des personnes qui se sont noyées ou épuisées en tentant de rester immergées. La seule sortie est de courir, en ligne droite, loin du nid, vers un abri fermé : maison, cabane, voiture, bateau à cabine.</p>\n</aside>\n\n<h2>Abeilles tueuses : d'où vient le nom, et ce qu'il recouvre</h2>\n\n<p>L'expression est un raccourci de presse, apparu dans les années 1970 aux États-Unis. Les insectes en cause sont des abeilles mellifères ordinaires, <em>Apis mellifera</em>, issues du croisement entre des lignées africaines et les lignées européennes déjà présentes sur le continent américain. On parle plus justement d'abeilles africanisées que d'<em>Apis mellifera scutellata</em>, qui désigne la sous espèce africaine d'origine et non l'hybride qui vit aujourd'hui de l'Argentine au sud des États-Unis.</p>\n\n<p>L'histoire est documentée et tient à un accident. En 1956, le généticien Warwick Kerr importe au Brésil des reines d'Afrique de l'Est pour améliorer la production de miel en climat tropical, les lignées européennes s'y montrant peu productives. En 1957, vingt six essaims s'échappent du rucher expérimental de Rio Claro. Ils remontent le continent d'environ 300 à 500 km par an, atteignent les Guyanes au milieu des années 1970 et le Texas à la fin des années 1980.</p>\n\n<p>Leur venin n'est pas différent de celui d'une abeille européenne. À piqûre égale, la douleur et la dose sont les mêmes. Tout se joue sur le comportement de la colonie.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-orange\">\n<strong>Ce qui change concrètement</strong>\n<p>Une colonie européenne dérangée envoie quelques dizaines de gardiennes et poursuit sur 20 à 100 mètres. Une colonie africanisée réagit en quelques secondes, mobilise dix fois plus d'ouvrières, poursuit sur plusieurs centaines de mètres et reste en alerte pendant des heures après l'incident. Elle essaime aussi beaucoup plus souvent, ce qui explique sa progression rapide.</p>\n</aside>\n\n<h2>Pourquoi le nombre de piqûres change la nature du problème</h2>\n\n<p>Deux mécanismes très différents tuent après une piqûre, et on les confond souvent. Le premier est allergique : une seule piqûre suffit chez une personne sensibilisée, la réaction survient dans la demi heure, et c'est la cause de la quasi totalité des décès en France métropolitaine. Le second est toxique, lié au volume de venin reçu. Il demande des dizaines, voire des centaines de piqûres, et il touche des personnes qui ne sont pas allergiques du tout.</p>\n\n<p>Une attaque massive relève de l'hôpital, pas du cabinet médical. Le tableau associe des atteintes musculaires, rénales et sanguines qui peuvent apparaître avec plusieurs heures de retard, et c'est pour cela qu'une victime de nombreuses piqûres est gardée en surveillance même si elle se sent bien en arrivant. Les enfants, du fait de leur poids, et les personnes âgées ou fragiles basculent dans le grave pour un nombre de piqûres plus faible.</p>\n\n<aside class=\"bluf bluf-violet\">\n<strong>Une chronologie en trois temps</strong>\n<p>1956 : importation de reines africaines au Brésil. 1957 : fuite de vingt six essaims à Rio Claro. Milieu des années 1970 : les abeilles africanisées atteignent le plateau des Guyanes. Depuis, elles y sont installées à demeure et cohabitent avec l'apiculture locale, qui a appris à travailler avec elles.</p>\n</aside>\n\n<h2>Que faire si un essaim charge</h2>\n\n<p>Les recommandations des services américains et brésiliens, qui vivent avec ces insectes depuis quarante ans, tiennent en quelques gestes. Ils vont à l'encontre de ce qu'on ferait spontanément.</p>\n\n<ul>\n\n<li><strong>Courir, tout de suite, et loin.</strong> Pas trente mètres : deux à trois cents mètres au minimum, en ligne droite, sans s'arrêter pour voir si elles suivent. La fuite est la seule réponse qui marche.</li>\n\n<li><strong>Se couvrir la tête et le visage</strong> avec un tee shirt, une serviette, un sac, en dégageant juste assez pour voir où l'on met les pieds. Le visage et le cuir chevelu reçoivent la grande majorité des piqûres.</li>\n\n<li><strong>Ne pas se débattre ni frapper les abeilles.</strong> Les gestes brusques et les insectes écrasés libèrent la phéromone d'alarme qui appelle les autres.</li>\n\n<li><strong>Ne pas rester dans l'eau</strong> et ne pas se cacher dans un buisson dense, qui retient l'essaim autour de vous. Un local fermé ou un véhicule vitres remontées, même avec quelques abeilles entrées avec vous.</li>\n\n<li><strong>Appeler le 15 dès que vous êtes à l'abri</strong> s'il y a de nombreuses piqûres, un enfant, une personne âgée, ou le moindre signe de gêne respiratoire. Les dards se retirent après, en les raclant, jamais en les pinçant.</li>\n\n</ul>\n\n<aside class=\"bluf bluf-vert\">\n<strong>Ce qui évite la rencontre</strong>\n<p>Ces abeilles nichent volontiers dans des cavités basses et discrètes : troncs creux, tas de bois, compteurs, carcasses, anfractuosités de rochers. En randonnée tropicale, on évite de taper sur les souches, de secouer les branches et de laisser un enfant explorer un trou. Un bourdonnement dense et localisé signale une colonie : on s'éloigne sans courir tant qu'aucune abeille ne vous approche.</p>\n</aside>\n\n<h2>Ce que l'épisode dit, et ce qu'il ne dit pas</h2>\n\n<p>Il faut garder la mesure. Les attaques mortelles restent rares au regard du nombre de colonies présentes sur le continent américain, et la Guyane vit avec ces abeilles depuis près de cinquante ans sans drame comparable chaque été. Les apiculteurs guyanais les exploitent, avec des protections renforcées et des ruchers éloignés des habitations, et elles pollinisent comme les autres. Le miel guyanais vient en bonne partie de colonies africanisées, conduites avec des combinaisons plus couvrantes et un enfumage plus généreux qu'en Europe.</p>\n\n<p>Ce que l'épisode du 22 août 2023 rappelle, c'est qu'un site de loisirs très fréquenté peut abriter une colonie sans que personne le sache, et que la conduite à tenir n'est enseignée nulle part. Un panneau à l'embarcadère et deux phrases dites aux passagers avant la traversée auraient probablement changé le déroulement de cette journée. C'est aussi valable ailleurs et pour d'autres insectes : quelques minutes de <a href=\"https://www.dicoanimaux.com/piqure-de-guepe-les-erreurs-a-eviter-pour-ne-pas-aggraver-la-situation.html\">bons réflexes après une piqûre de guêpe, d'abeille ou de frelon</a> valent mieux que toutes les explications données après coup.</p>",
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