--- title: "À la découverte de la licorne de la jungle en cette journée mondiale de l'okapi" url: https://www.dicoanimaux.com/a-la-decouverte-de-la-licorne-de-la-jungle-en-cette-journee-mondiale-de-lokapi.html author: "Dico Animaux" date_published: 2023-10-22T07:00:03+02:00 date_modified: 2026-09-11T00:13:42+02:00 categories: ["Animaux sauvages"] tags: ["cheval", "journée mondiale"] image: https://www.dicoanimaux.com/wp-content/uploads/2023/10/journee-okapi.jpg description: "L'okapi n'a rien d'une licorne : c'est un cousin de la girafe, découvert par la science occidentale en 1901 seulement, et aujourd'hui classé en danger d'extinction..." site: "Dico Animaux" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # À la découverte de la licorne de la jungle en cette journée mondiale de l'okapi L'okapi n'a rien d'une licorne : c'est un cousin de la girafe, découvert par la science occidentale en 1901 seulement, et aujourd'hui classé en danger d'extinction dans les forêts du nord-est de la République démocratique du Congo. Sa journée mondiale tombe le 18 octobre. Le surnom de « licorne africaine » lui vient de son histoire, pas de son anatomie. Pendant tout le XIXe siècle, les explorateurs européens entendent parler d'un grand animal forestier que les habitants des forêts de l'Ituri nomment o'api, sans jamais en voir un. L'administrateur britannique Harry Johnston finit par obtenir des bandes de peau rayée, puis un crâne complet, et l'espèce est décrite en 1901 sous le nom d'Okapia johnstoni. C'est l'un des derniers grands mammifères terrestres à être entré dans la nomenclature scientifique. Pour les populations locales, il n'avait évidemment rien de mystérieux. **Une girafe de forêt, littéralement** L'okapi est le seul autre représentant vivant de la famille des Giraffidae. Il partage avec la girafe une langue préhensile bleu-noir d'une trentaine de centimètres, des ossicônes chez le mâle (ces excroissances osseuses recouvertes de peau) et une démarche à l'amble. Le cou court s'explique par l'habitat : sous couvert forestier dense, la nourriture est à hauteur d'épaule. ## À quoi ressemble un okapi, sans les approximations Un adulte mesure environ 1,50 mètre au garrot pour 2 à 2,50 mètres de long, et pèse entre 200 et 350 kilos. Contrairement à ce qu'on lit souvent, les femelles sont en moyenne un peu plus lourdes que les mâles, et ce sont elles qui n'ont pas d'ossicônes. Le pelage du corps est brun acajou, presque velouté, avec un reflet violacé chez les animaux en bonne condition. Les rayures blanches se limitent à l'arrière-train et au haut des pattes. Elles ne servent pas à imiter le zèbre, avec lequel l'okapi n'a aucun lien de parenté : dans la pénombre striée du sous-bois, elles fragmentent la silhouette, et les jeunes suivent probablement ces marques claires pour ne pas perdre leur mère. La langue, elle, sert à arracher les feuilles, mais aussi à nettoyer les yeux et l'intérieur des oreilles. C'est spectaculaire à observer en parc zoologique. ### Un animal qui parle en dessous de notre audition Les mères et leurs petits échangent des vocalisations dont une partie descend sous 20 hertz, donc sous le seuil de l'oreille humaine. L'hypothèse retenue est que ces infrasons traversent la végétation dense sans alerter le léopard, principal prédateur naturel de l'espèce. Le petit passe par ailleurs ses premières semaines couché, immobile, dans un nid de végétation, ce qui limite les émissions sonores et olfactives. ## Trois idées reçues qui circulent depuis un siècle La première : l'okapi serait un croisement entre un zèbre et un cheval. Les premiers échantillons envoyés à Londres n'étaient que des lanières de peau rayée, et Harry Johnston lui-même a d'abord pensé à un équidé inconnu, qu'il a baptisé provisoirement Equus johnstoni. Le crâne, arrivé ensuite, a tranché : deux doigts par pied, des dents de ruminant, la parenté avec la girafe ne faisait plus débat. L'erreur d'origine a la vie dure. La deuxième : il serait rarissime au point d'être presque mythique. Il est discret, ce qui n'est pas la même chose. Un animal solitaire, silencieux, immobile de longues minutes dans un sous-bois où la visibilité dépasse rarement vingt mètres, reste invisible même pour ceux qui vivent là. Les chercheurs travaillent d'ailleurs surtout par pièges photographiques et par relevé d'empreintes et de crottes, pas par observation directe. La troisième : il vivrait dans toute l'Afrique centrale. Son aire est en réalité l'une des plus restreintes qui soient pour un grand mammifère, limitée aux forêts humides du nord et de l'est de la RDC. L'espèce ne se rencontre nulle part ailleurs, ce qui la rend entièrement dépendante de la stabilité d'un seul pays. ## Un herbivore difficile à suivre L'okapi vit seul, sur des domaines vitaux qui se chevauchent, et il est actif surtout le jour, avec des pics au lever et en fin d'après-midi. Son régime compte plus d'une centaine d'espèces végétales : feuilles, bourgeons, jeunes pousses, fougères, fruits, champignons. Certaines de ces plantes sont toxiques pour d'autres herbivores. Il consomme aussi du charbon de bois issu d'arbres foudroyés et des argiles prélevées en bordure de cours d'eau. Ces terres riches en sels minéraux compensent une alimentation pauvre en sodium. Ce comportement, appelé géophagie, se retrouve chez bien d'autres mammifères forestiers. **Une reproduction très lente** La gestation dure de 14 à 15 mois, pour un seul petit de 14 à 30 kilos qui tient debout dans la demi-heure. Les femelles ne mettent bas qu'une fois tous les deux à trois ans, et la maturité sexuelle arrive vers 3 ans. Une population décimée met des décennies à se reconstituer : c'est le paramètre qui rend le braconnage si dommageable ici. ## Ce qui menace l'espèce, dans l'ordre L'Union internationale pour la conservation de la nature a fait passer l'okapi de « quasi menacé » à « en danger » en 2013. Les estimations de population sont fragiles, faute de recensement fiable dans une forêt aussi difficile d'accès et dans une région en conflit : on parle de l'ordre de 10 000 à 35 000 individus, une fourchette qui dit surtout qu'on ne sait pas. Ce qu'on sait, c'est que la tendance est à la baisse. La destruction de l'habitat vient en tête. Déforestation pour l'agriculture sur brûlis, exploitation du bois, et surtout orpaillage et extraction artisanale du coltan, ce minerai dont on tire le tantale des condensateurs électroniques. Les sites d'extraction ouvrent des pistes, attirent des milliers de personnes dans des zones auparavant inaccessibles, polluent les cours d'eau, et créent un marché local pour la viande de brousse. Le braconnage suit, pour la viande et pour la peau. S'y ajoute une menace que peu d'espèces connaissent : l'insécurité armée. L'est de la RDC est en conflit depuis plus de trente ans, et les groupes armés qui contrôlent les zones minières posent des pièges et attaquent les infrastructures de protection. En juin 2012, la station d'Epulu, centre névralgique de la réserve, a été prise d'assaut : quatorze okapis captifs y ont été tués, ainsi que plusieurs personnes, dont des gardes et des habitants du village. **Le coltan de votre téléphone** La RDC fournit une part majoritaire du tantale mondial. Les filières artisanales, peu traçables, financent des groupes armés et ouvrent la forêt de l'Ituri. Un téléphone reconditionné ou gardé cinq ans au lieu de deux a un effet réel, même modeste, sur cette chaîne. C'est le seul levier direct dont dispose un lecteur européen. ## La Réserve de faune à okapis, et ce qu'elle tient encore Créée en 1992 dans la forêt de l'Ituri, la Réserve de faune à okapis couvre environ 13 700 kilomètres carrés, soit à peu près la superficie du Monténégro. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1996, et sur la liste du patrimoine en péril depuis 1997, ce qui en dit long sur la difficulté de la tâche. On estime qu'elle abrite une part importante de la population sauvage restante, aux côtés de treize espèces de primates et de nombreux éléphants de forêt. Le travail sur le terrain repose sur les écogardes de l'Institut congolais pour la conservation de la nature, appuyés par des ONG comme l'Okapi Conservation Project, présent dans la zone depuis 1987. Leurs missions : patrouilles anti-braconnage, démantèlement de camps miniers illégaux, suivi écologique par pièges photographiques, et travail avec les communautés Mbuti et Efe qui vivent dans la forêt. Ce dernier volet est le moins spectaculaire et sans doute le plus déterminant : sans adhésion locale, aucune surveillance ne tient sur 13 700 kilomètres carrés. **Le réseau des zoos joue un vrai rôle** Environ 150 okapis vivent en parcs zoologiques dans le monde, coordonnés par des programmes d'élevage européen et américain. Plusieurs parcs français en présentent. Ce cheptel n'a pas vocation à réensemencer la forêt à court terme, mais il finance les patrouilles de terrain et maintient une réserve génétique documentée. ## Pourquoi une journée mondiale change quelque chose Le 18 octobre existe depuis 2013, à l'initiative de l'Okapi Conservation Project et des zoos partenaires. Une journée ne sauve évidemment aucune espèce. Elle sert à lever des fonds, très concrètement : salaires et équipement des écogardes, entretien des postes de patrouille, soutien aux écoles et aux dispensaires des villages riverains. Pour un lecteur qui n'ira jamais dans l'Ituri, le geste utile tient en peu de choses : voir un okapi dans un parc qui participe au programme d'élevage, allonger la durée de vie de ses appareils électroniques, et savoir que derrière un animal qu'on trouve joli se joue un problème d'économie minière et de conflit armé. C'est moins joli, mais c'est l'histoire réelle de l'espèce.